Utilisez la loi du rasoir d’Hanlon pour mieux communiquer sur les réseaux sociaux

· 12 avril 2017

Les réseaux sociaux ont révolutionné notre manière de communiquer. Il y a quelques années, il était impensable de parler en temps réel avec nos amis si nous n’étions pas en leur compagnie. Maintenant, nous avons seulement besoin d’une connexion à Internet et d’utiliser l’un des nombreux réseaux sociaux auxquels nous sommes connectés.

Ce qui en revanche n’a pas évolué est notre façon de nous comprendre avec les autres, la manière que nous avons d’utiliser le langage comme moteur central des relations. Et bien évidemment, lorsque la communication ne se fait pas en face-à-face, des malentendus surgissent ; dans la majorité des cas, ils en disent plus sur celui qui interprète le message que sur celui qui l’envoie.


« Je suis responsable de ce que je dis, pas de ce que tu comprends. »

-Anonyme-


L’éléphant dans la pièce

Le portable sonne. C’est une notification de l’un de vos réseaux sociaux. Vous voyez s’afficher à l’écran : Salut, ça va ?

Il se trouve que vous avez passé une mauvaise journée ou que celui qui vous écrit est votre lourd-e de chef-fe et vous croyez qu’il a besoin d’une autre faveur. Ou il se peut au contraire que vous soyez de très bonne humeur ou que ce soit votre meilleure amie avec qui vous avez tellement envie de discuter. Mais tout cela, l’émetteur du message ne le sait pas. Il ne peut pas le savoir puisque ce n’est pas une communication en face-à-face et il n’a pas accès à d’autres clés du langage aussi importantes que les mots :

  • Proxémique: le lieu et la conduite dans l’espace de conversation. Il n’y a rien à voir entre saluer une personne dans la rue qui a l’air pressée et qui s’excuse de l’être que de la saluer sur les réseaux sociaux. Quand nous sommes connecté-e-s, nous pouvons très bien être en train de travailler sur notre ordinateur et laisser des messages vus comme « lus ». Nous les lisons pour voir s’il s’agit de quelque chose d’important mais nous ne sommes pas obligé-e-s d’y répondre. C’est là que celui/celle qui reçoit peut tirer mille et une conclusions, parmi lesquelles on retrouve les dramatiques : « iel ne m’aime pas puisqu’iel ne répond pas », « iel ne doit pas m’apprécier » ou « qu’est-ce que je lui ai fait? ».
  • Conduite vocale ou extralinguistique: on se réfère à la vocalisation propre du langage, son ton, sa forme, mais pas son contenu. Si nous avons l’habitude de les utiliser souvent, ni l’ironie, le sarcasme et même les blagues ne se détectent bien dans la communication à travers les réseaux sociaux. Le ton est une donnée très importante pour comprendre le sens d’un message et dans le monde de la technologie, cela ne peut se concrétiser qu’avec les messages vocaux.
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  • Conduite verbale ou linguistique: oui, celle-ci se réfère au langage que nous utilisons pour écrire un message. Mais ici aussi, la distance avec la personne qui reçoit entre en jeu. Il n’y a rien à voir entre être face-à-face avec le garçon qui vous plaît et qui vous salue, devenir toute nerveuse et répondre comme si vous aviez un trouble de la communication: bégaiement, aphasie, anomie… Qu’être tranquillement à la maison ou entourée d’ami-e-s, en pensant tranquillement à ce que vous pourriez lui répondre « pour ne pas paraître anxieuse ou idiote » ou « pour que ce soit quelque chose d’original ».

Tout cela, nous en sommes conscient-e-s en majorité. Nous savons que dans la communication, tout compte, que ce soit le ton ou les silences, mais nous ne le gardons pas en tête pour les réseaux sociaux. Tout se transforme en un éléphant dans la pièce, nous le voyons bien, mais chacun d’entre nous explique sa présence d’une façon, comprenant les messages comme cela nous arrange.


« Pour communiquer avec efficacité, nous devons nous rendre compte que nous sommes tous différents dans notre façon de percevoir le monde, et utiliser cette connaissance comme un guide dans nos communications avec les autres. »

-Tony Robbins-


Le rasoir d’Hanlon

Robert J. Hanlon, en 1980, nous a déjà donné une solution à ce problème de communication sur les réseaux sociaux, avant même que ceux-ci existent, dans son célèbre livre sur les lois de Murphy. Il y énonçait ce qui s’est fait connaître comme le principe d’Hanlon ou le rasoir d’Hanlon: « Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la stupidité suffit à expliquer ».

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Si nous prêtons attention à Hanlon, nous diminuerons donc le degré d’intentionnalité que nous attribuons à de nombreuses communications lues sur les réseaux sociaux. Un grand nombre d’erreurs de forme que nous détectons et interprétons comme étant contre nous correspondent plus à une faute d’attention qu’à une volonté de nous blesser de manière intentionnelle. Ce qui est certain, c’est que le monde nous oublie habituellement plus qu’il ne conspire contre nous.

Ainsi, comme nous l’avons signalé dans l’aparté précédent, la communication écrite manque d’un cruel nombre d’éléments d’information que nous avons bien dans la communication directe. Mais, d’un autre côté, ce manque d’informations ne signifie pas que nous devons en imaginer, mais plutôt que nous devons être plus prudent-e-s avec l’interprétation que nous faisons des messages reçus. De cette manière, nous éviterons des conflits et des malentendus qui en réalité n’ont aucun sens.