Se débarrasser de la tristesse

15 mars 2015 dans Psychologie 6 Partagés

“Sur le chemin du retour en direction du Temple, deux moines aperçurent une femme dans un ruisseau qui pleurait car elle n’arrivait pas à le traverser. Puis, la crue est montée et le courant devint plus fort.

Sans attendre, le plus âgé des deux moines s’y précipita, la porta dans ses bras et l’emmena sur l’autre rive. Trois jours plus tard, sur le même chemin, le plus jeune des deux moines, qui n’y tenait plus, s’exclama :
– Comment as-tu pu faire une chose pareille, porter une femme dans tes bras ? Nous les moines n’en avons pas le droit.

L’autre moine sourit et répondit :
– Tu interprètes sûrement mal mon geste, je n’ai fait qu’aider une femme à traverser le ruisseau pour la déposer sur l’autre rive.

– Mais que t’arrives-t-il, trois jours ont passé depuis cet épisode et tu veux encore la porter sur ton dos ? Moi, je ne l’aiderai pas.

(Fable)

Lorsqu’un événement important affecte nos valeurs les plus essentielles et profondes, notre première réaction est souvent la surprise.

Parfois, bon nombre d’actes quotidiens (chez soi, au travail, entre amis, en famille) violent gravement nos principes, nos émotions, voire même notre dignité. Dans ces cas-là, que l’on soit paralysés ou passifs, abattus ou insensibles, nous nous déconnectons de nos sentiments pour ne pas souffrir davantage.

Dès lors que l’on à conscience d’être en proie à un désastre, tout s’effondre, nos peurs prennent plus d’ampleur, les doutes se démultiplient, et l’espoir s’efface.

On oublie nos croyances et sévit alors en nous un chaos qui nous mène à perdre confiance en nous. Mais lorsque l’on a plus confiance en soi…il ne reste plus grand chose. L’hécatombe détruit tout sur son passage, si bien qu’on ne se reconnaît plus soi-même. D’abord, on a souvent tendance à penser que le temps situe notre confusion à l’endroit le plus approprié, mais il n’en est rien.

Il ne nous reste donc plus qu’à nettoyer, ranger de nouveau la maison et balayer; plus qu’à faire le ménage, nous détacher de ce qui est inutile même si cela est douloureux, nous séparer de l’inutilisable, et limiter les dégâts. Il s’agit d’emprunter de nouveaux chemins plus propres et plus lumineux qui nous éloignent du chaos.

En résumé : se débarrasser de notre tristesse. Une autre manière de procéder serait de s’obstiner à rester dans notre propre ruisseau, comme si de rien n’était, sans dialoguer ni réfléchir.

Mais toutes les émotions et pensées alors refoulées, finiraient par engendrer une certaine haine et un certain ressentiment jusqu’à ce qu’un autre désastre s’abatte sur nous, aussi bien extérieurement qu’intérieurement.

Il faut absolument sauver les meubles, nettoyer notre for intérieur de fond en comble et ainsi le stériliser. Il faut aborder notre souffrance de façon saine et s’engager respectueusement à décorer notre conscience ainsi que celle de ceux qui ont participé aux désastres.

Si l’on rétablit l’ordre après le chaos, alors les peurs s’envoleront, et l’incertitude ainsi que la méfiance disparaîtront…mais les souvenirs, eux, resteront intact.
Néanmoins, ils ne nous feront plus souffrir.

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