Le réveil de la Belle au Bois Dormant

22 juillet 2017 dans Psychologie 345 Partagés

Il était une fois une Belle au Bois Dormant, qui était endormie dans sa relation. Pour se réveiller, elle avait besoin que son prince lui donne un baiser qui pourrait rompre le sort auquel elle avait été soumise. Il était son sauveur, celui qui la libérerait de sa longue léthargie et l’aiderait à se réveiller. Mais, que se passe-t-il si le prince n’apparaît jamais ? Que se passe-t-il si ces attentes de sauvetage que la Belle a placées en lui n’étaient pas satisfaites ?

La plupart des relations d’aujourd’hui suivent ce schéma de conduite. Nous nous attachons à ce prince qui n’arrive pas, et dans l’attente, nous jouons alors le rôle de spectateur-trice de notre vie.

Nous n’avons plus de piles dans notre réveil, et il semble que nous avons besoin que quelqu’un remplisse cette fonction, que quelqu’un nous rende heureux-se, que quelqu’un nous active. Dans le cas où on aurait déjà trouvé ce quelqu’un mais qu’il s’éloigne, le désespoir entre en scène et on tombe alors dans un sommeil qui nous mène à cesser de profiter des choses, un sommeil où rien n’a plus de sens si l’être aimé n’est pas à nos côtés.


Ce n’est pas moi qui ai choisi ; c’est lui qui m’a choisie. Car je ne m’aime pas, je ne valorise pas et je ne suis pas heureuse. Je permets aux autres d’avoir cette responsabilité et, lorsqu’ils s’en vont, je me sens vide.


Les baisers magiques

Il y a beaucoup de Belles au Bois Dormant dans ce monde. Des femmes qui reçoivent un baiser de ce prince sans l’avoir décidé elles-mêmes, sans même savoir si elles veulent vraiment le recevoir. Or, une fois ce baiser reçu, elles s’attachent à leur sauveur. Il a été leur bouée de sauvetage et cela mérite une récompense. Il ne serait pas bien de lui donner un coup de pied, car peut-être n’y a-t-il pas d’autres princes en ce monde.

C’est alors qu’elles se submergent dans une relation de soumission, où elles remercient chaque jour la vie de leur avoir donné ce prince qui les a sauvées. Elles se consacrent complètement à lui, elles considèrent qu’elles lui doivent leur vie, et enfin, leur bonheur. Comme dans un conte de fée ou le prince et la princesse vivent heureux et ont beaucoup d’enfants, leur amour est éternel ! Jusqu’à ce qu’un jour, elles commencent à remarquer que quelque chose ne va pas. Leur prince ne les regarde plus comme avant, il semble qu’il se soit fatigué ! L’illusion se rompt et la réalité apparaît alors douloureuse et cruelle.

C’est le moment où l’amour devient souffrance, et qu’il faut mener une lutte constante pour le maintenir. La Belle au Bois Dormant fait des efforts, donne tout à son prince, s’humilie. Mais rien n’est plus pareil. La Belle se demande si le prince l’a déjà aimée. Elle se demande aussi ce qu’elle a fait de mal, et se dit qu’elle aurait peut-être dû rester endormie quand le prince l’a embrassée.


La croyance qu’il existe une âme soeur ou un prince sauveur avec qui elle puisse se sentir complète fait naître en elle la dépendance émotionnelle, ce qui transforme ses relations en liens destructeurs.


La Belle au Bois Dormant a perdu son identité, et dépend du prince depuis le premier moment. S’il la laissait, elle ne serait plus rien. La dépendance affective est déjà là, l’amour n’est plus synonyme de bonheur mais d’efforts et de souffrances. La Belle croit mourir à chaque fois que son prince s’éloigne d’elle. Ce n’est pas juste, mais peut-être cela est-t-il nécessaire. Car la Belle au Bois Dormant doit se réveiller, ou le faire de nouveau, mais par elle-même.

Quand la Belle au Bois Dormant peut se réveiller…sans prince

Les contes de princesses nous ont mené-e-s à penser que l’on a besoin de quelqu’un pour être heureux-ses, que d’une certaine manière nous sommes incomplet-ète-s, ce qui aujourd’hui se traduit par la dépendance émotionnelle. Nous ne sommes personne sans l’autre, notre bonheur, notre bien-être et notre capacité à profiter de ce qui nous plait dépend de comment est et se sent l’autre personne. Ce n’est pas juste, n’est-ce pas ? Car l’autre personne ne vit pas la même chose.

La Belle au Bois Dormant est fatiguée de devoir attendre qu’un prince vienne lui donner un baiser qui la réveille, car cela démontre uniquement qu’elle ne s’aime que très peu, qu’elle n’est pas capable de faire face seule à la vie, qu’elle a besoin de quelqu’un pour cela. Qu’arriverait-il si elle cessait d’attendre, de se conformer et si elle ouvrait les yeux ? Elle saurait à quel point elle est forte, elle saurait que les princes ne sont pas des sauveurs et qu’elle ne doit pas non plus déposer en eux un pouvoir si grand. Que ce soit un bon prince ou un mauvais prince, il finira dépassé par cette responsabilité et il s’éloignera.

Il suffit déjà de s’engager, de s’offrir à cette première personne qui se rapproche dans l’intention de nous sauver. Il suffit déjà de tout voir bien et parfaitement, jusqu’à ce que le temps passe et que tout se mélange. Nous choisissons certaines lunettes que nous mettons et avec lesquelles nous voulons voir les choses comme vous le voulons, c’est pourquoi nous devons les enlever, car la véritable réalité, nous la nions.


« Bénis ceux qui t’abandonnent car tu te dévoues alors à toi-même. »

– Alejandro Jodorowsky –


Si le prince ne vient pas, il se peut que la Belle au Bois Dormant meure sans s’être jamais réveillée. C’est ce qui arrive très souvent. Si ce compagnon/cette compagne n’apparaît pas lorsque nous sommes tristes, nous nous lamentons, « oh personne ne m’aime, oh je ne vaux rien ! » Comment ça vous ne valez rien ? Vous avez besoin de quelqu’un qui reconnaisse cela en vous pour pouvoir le croire ?

Il est temps que la Belle au Bois Dormant se réveille une fois pour toutes et qu’elle cesse de se soumettre et de se laisser réveiller par des princes qui, peut-être, un jour finiront par devenir des crapauds. La Belle a le droit de choisir son prince, la Belle n’a pas à attendre après lui. Elle s’aime, elle se valorise et elle mérite le meilleur. Ce n’est pas en se tenant au bras de quelqu’un que sa vie sera meilleure. Sa vie est complète et pleine. La Belle au Bois Dormant, une fois consciente de cela, se réveille, cesse d’avoir besoin du prince, et c’est alors qu’elle commence à aimer et à s’aimer elle-même, à se rendre compte qu’elle est belle par elle-même.

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