Ce qu’il y a de bien à « perdre du temps »

5 décembre 2015 dans Psychologie 1 Partagés

« Le temps, c’est la devise de votre vie. C’est la seule devise que vous ayez, et vous seul pouvez déterminer comment elle sera utilisée. Soyez prudent et ne laissez personne l’utiliser pour vous. »
-Carl Sandburg-

« Ne perds pas de temps… », « Qu’est-ce que tu fais ici à ne rien faire ! », « lève-toi, qu’il est tard ! »… Beaucoup d’entre nous peuvent se rappeler de leurs parents qui leur répétaient constamment ces phrases comme si elles étaient des mantras vitaux.

Comme s’il y avait toujours quelque chose de plus important à faire.

Les années passant, le besoin d’être constamment occupé à faire des choses importantes et surtout, toujours productives, semble devoir marquer notre quotidien. Au contraire, cela nous donne la sensation que le temps, et plus largement, la vie, nous échappe.

Pour beaucoup, s’occuper hors des heures de travail en s’adonnant à des activités de connaissance, de formation et de recyclage nous donne la sensation de cultiver chaque seconde qui passe, si bien que rares sont les personnes qui préfèrent ne rien faire.

Lorsque l’on est enfant, on nous répète inlassablement que le temps, c’est très précieux. Si on ne tire pas parti des heures desquelles on dispose, alors on est tout de suite considéré comme fainéant, ou comme quelqu’un qui de voué à l’échec.

Finalement, ce message court le risque de se traduire à l’âge adulte par des comportements semblables à ceux du Lapin Blanc dans Alice au Pays des Merveilles, qui passe son temps à courir, et à croire qu’il est toujours en retard pour faire quelque chose de la plus haute importance ; selon lui, s’il ne se dépêche pas de faire cette chose, alors il sera puni.

Alimenter l’hyper-responsabilité et l’intolérance face à l’ennui

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Ecole, piano, anglais, natation, etc…les enfants se voient souvent immergés dans toute une série d’activités, si bien qu’ils finissent leur journée juste avant d’aller se coucher.

Dans de nombreux cas, l’éducation impose aux enfants de tout faire pour être les meilleurs et les plus productifs, souligne constamment l’idée qu’on peut toujours, toujours, toujours s’améliorer. Il n’y a pas de temps à perdre.

Deux conséquences peuvent découler d’un tel comportement : l’hyper-responsabilité, et l’intolérance face à l’ennui.

  • Hyper-responsabilité : être responsable, c’est une vertu. Etre hyper-responsable, c’est un piège du cerveau qui se forge au fil des années, et qui, une fois que l’on attend l’âge mûr, peut se traduire par de l’anxiété, du perfectionnisme, un niveau d’auto-exigence élevée, une faible estime de soi, un manque d’assurance, de la culpabilité, voire même de la honte.
  • Intolérance face à l’ennui : ne pas avoir la chance de « perde du temps » dans l’enfance et l’adolescence par le biais de la créativité et du développement personnel pour que finalement, plus tard, cela se manifeste à l’âge adulte par des processus anxieux.

Chez les enfants, il peut être très bénéfique de perdre du temps au cours de leurs processus d’adaptation et de développement de leurs capacités intellectuelles. En grandissant, cette intolérance apprise nous empêche d’être vraiment nous-même.

Nombreux sont ceux qui détestent les « temps morts », simplement parce qu’ils ne veulent pas rester seuls avec eux-mêmes.

La philosophie 24×7 : est-ce la vôtre ?

On vit dans un monde interconnecté. A tout moment et en tout lieu, on peut s’adonner à des activités liées à nos loisirs, notre formation ou notre épanouissement personnel.

Cours, masters, gymnases, tâches ménagères, ateliers, travail… Si on ne le fait pas, d’autres personnes qui partagent leurs activités sur les réseaux sociaux ne manqueront pas de nous rappeler que l’on est en train de perdre du temps.

Tout cela est constitutif de notre quotidien, et alimente l’idée de ce que l’on « devrait » être. La philosophie 24×7, c’est-à-dire être disponible et faire « quelque chose » 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, pourrait ne pas être si bénéfique qu’il n’y parait.

Evidemment qu’il est fondamental de chercher à s’épanouir en s’adonnant à des activités et en s’occupant, mais, jusqu’à quel point peut-on contrôler cette quête de l’épanouissement ?

Finalement, pour les gens adeptes de cette philosophie, il est aussi inimaginable que tragique de ne réaliser aucune activité à un moment donné. Ces personnes-là voient dans le repos quelque chose de presque méprisable. Pour elles, perdre son temps, c’est inutile.


Ne confondons pas perdre son temps,

et se consacrer à quelque chose


Expérimentez, et ne faites rien

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Des semaines organisées autour de nos activités professionnelles et sociales, voilà un quotidien attrayant et nécessaire. Cependant, trouver des moments pour « perdre » du temps, c’est très bénéfique pour notre santé physique et mentale.

Réserver quelques minutes de la journée ou du mois pour ne réaliser aucune activité, cela peut nous apporter de la sérénité, et ainsi nous permettre de profiter davantage de tout ce qu’on réalise et qui ne nous satisfait plus. Pourquoi ?

  • Pour prendre de la distance par rapport à quelque chose qui nous rend misérable, et dédramatiser.
  • Pour éviter la saturation de quelque chose qui était stimulant au départ, et qui a fini par devenir un poids.
  • Pour partager des moments à part avec ceux qui nous entourent.
  • Pour relaxer notre corps, car cela réduit le stress et l’anxiété.
  • Pour réorganiser nos idées et prendre des initiatives.
  • Pour distinguer ce qui est important de ce qui est urgent.

Mais…comment peut-on « perdre du temps » ? Voici quelques idées :

  • S’asseoir en terrasse pour prendre son café ou son chocolat et le savourer, plutôt que de toujours le commander à emporter.
  • Ecouter les paroles d’une de ses chansons préférées, bien installé dans son canapé.
  • Chanter sous la douche.
  • Le week-end, prendre un bon petit déjeuner dans le calme.
  • Réaliser un exercice de méditation. Certains ne durent pas plus longtemps que 20 minutes.
  • Si vous bénéficiez d’un moment seul chez vous, profitez-en, ne vous mettez pas à ranger.
  • Si vous avez un animal de compagne, ne vous contentez pas de sortir le promener ou de lui donner à manger ; prenez également quelques minutes pour le caresser ou à jouer avec lui.

Si vous êtes de ceux qui ont besoin d’un torrent d’activités quotidiennes pour se sentir bien, alors continuez comme ça et ne changez rien. En revanche, si, d’une manière ou d’une autre, votre source de satisfaction dépend moins de l’activité en elle-même que de la recherche à occuper votre temps, alors ralentissez un peu et donnez une chance à la montre.

Finalement, on peut faire du « temps perdu », un gain personnel…

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