Percevoir depuis le coeur : l’art dont tout le monde ne sait pas profiter

· 16 octobre 2017

Percevoir, ce n’est pas seulement entendre, voir et écouter. La perception qui naît du coeur est celle qui sait aller au-delà, celle qui ressent, celle qui perçoit, celle qui sait écouter sans juger, regarder sans filtres, savourer la vie dans toutes ses essences et toucher la réalité pour expérimenter toutes ses textures. Un tel artisanat sensitif, aussi curieux cela puisse-t-il paraître, n’est pas quelque chose que tout le monde sait pratiquer, et encore moins dont tout le monde sait profiter.

Peu de domaines dans la psychologie sont aussi déterminants et en même temps aussi basiques que l’étude de la perception. La manière que l’on a de capter tout ce qui nous entoure, de l’organiser et de l’interpréter détermine sans doute en partie ce que l’on est ainsi que notre manière d’interagir avec les autres.

« Votre vision deviendra plus claire à partir du moment où vous regarderez dans votre coeur… Celui qui regarde en dehors, rêve. Celui qui regarde en lui, s’éveille. »

-Carl Jung-

C’est au XIXe siècle que de célèbres psychologues et physiologues tels que Johannes Peter Müller ou encore Gustav Theodor Fechner ont commencé à étudier toutes ces dynamiques entre les stimulations et la perception, de même que les seuils minimums à partir desquels nous expérimentons une sensation. Ainsi, et pendant toute une époque, on en est arrivé-e-s à penser que la perception était quelque chose de strictement biologique ; autrement dit, que ce que l’on expérimente n’est déterminé que par la stimulation, sans tenir compte des dimensions telles que notre mémoire, nos apprentissages ou nos expériences précédentes.

Or, de nos jours, cette approche a changé. Il est clair aujourd’hui que l’art de percevoir dépend de multiples facteurs : notre motivation, nos émotions, notre culture, notre intuition, nos expériences passées, nos attentes…si bien que s’il y a quelque chose que nous savons tou-te-s, c’est que chaque personne perçoit le monde à sa manière. C’est la raison pour laquelle vous pouvez voir un objet bleu marine et que quelqu’un d’autre le verra violet, ou encore que vous aurez l’impression qu’un enfant est en colère alors que pour quelqu’un d’autre, il sera apeuré.

Tout cela nous mène à la conclusion suivante ; il y a celleux qui voient mais ne regardent pas, celleux qui entendent mais n’écoutent pas et celleux qui sont incapables de regarder au-delà de ce qu’iels perçoivent à première vue, se privant ainsi de ce monde de nuances fantastiques que n’apprécient que celleux qui regardent le monde depuis et avec le coeur.

percevoir depuis le coeur et profiter des petits détails de la vie comme cette fille qui touche la lavande

Sens, cerveau et perception

Si on demandait à un groupe de personnes de combien de sens dispose l’être humain, probablement que 90% d’entre elles répondrait 5. On nous a tou-te-s appris dès notre plus jeune âge ce qu’Aristote disait en son temps dans son livre De l’âme, où il nous explique que l’être humain reçoit l’information du monde au travers de l’ouïe, du goût, de l’odorat, de la vue et du toucher.

Cependant, il résulte fascinant de savoir qu’en réalité, nous disposons de plus de 20 sens ainsi que de leurs « sous-sens » correspondants (comme pouvoir percevoir la saveur aigre, la saveur douce, etc). Ainsi, aux sens déjà connus devrions-nous en ajouter d’autres, comme par exemple la cénesthésie, la perception de soi, la thermoception, la nociception, le sens de l’éco-orientation, voire même le sens de l’alerte. Tous ces sens nous ouvre tout un éventail fantastique de possibilités nous permettant de bien mieux nous adapter à notre environnement.

Or, il faut dire que tout le monde ne les développe pas de la même manière ni au même niveau. Les scientifiques de l’Université de Washington, par exemple, nous disent que le « sens de l’alerte » présente généralement un seuil très différent chez chaque personne. Il y a celleux qui ont à peine le sens du danger ou qui présentent, par exemple, un excès de confiance les empêchant d’anticiper certaines choses.

D’autres, en revanche, ont comme une sorte de « radar interne », un sixième sens qui les prévient que certaines personnes ou certaines situations ne sont pas sûres. Ce sens, de fait, se trouve dans le cortex cingulaire antérieur du cerveau, une zone qui se charge de nous maintenir alertes dans une situation étrange ou différente pour nous permettre de prendre une décision le plus rapidement possible.

deux personnes capables de percevoir depuis le coeur

Percevoir depuis le coeur ; tout un art

La capacité de percevoir depuis le coeur est liée à la sensibilité et à l’ouverture personnelle. Percevoir depuis le coeur, c’est être capable de ne pas rester seulement avec ce que nos sens nous transmettent, c’est appliquer la volonté, le sentiment, l’empathie et l’intuition pour atteindre des interprétations plus profondes. De cette manière, et si on appelle « art » ce type de perception si sublime, c’est pour une raison très concrète : il nous permet d’avoir une plus grand conscience des choses, de la nature, des personnes, de notre réalité.

Il faut dire, en revanche, qu’il n’est pas facile d’appliquer ce type de perception, et ce car cela requiert divers processus : calme intérieur, capacité à être présent-e, habilité à ne pas émettre de jugements hâtifs, bonne connaissance de soi et avant tout, acceptation. Car percevoir implique parfois de devoir accepter que l’on ne peut pas changer beaucoup des choses que l’on voit. On doit par exemple accepter les autres tel.le.s qu’iels sont et à partir de là, on pourra mettre en marche certaines réponses ou actions.

personne capable de percevoir depuis le coeur

Percevoir depuis le coeur, c’est aussi une des habilités les plus élevés que puisse développer l’être humain. La raison de cela réside dans le fait de pouvoir syntoniser plus que jamais tous nos sens avec les émotions, avec l’expérience, avec l’objectif et avec cet amour qui nous invite à voir le monde depuis le prisme du respect, de l’affection et de la considération.

Commençons alors à pratiquer ce type d’ouverture sensorielle et émotionnelle, à percevoir ce qui nous entoure avec une conscience plus pleine, avec une plus grande ouverture et surtout, avec plus de coeur.