On nous a dit que les monstres n’existaient pas…alors que ce n’était pas tout à fait vrai

· 23 octobre 2017

Depuis l’enfance, nous étions convaincu-e-s que les monstres n’existaient que dans les contes. Personne ne nous a jamais dit qu’en réalité ils ont la peau de personnes et marchent en plein jour. Tel le conjoint qui dans un premier temps séduit, puis maltraite et anéantit l’estime de soi, tels les parents qui nient l’amour à leurs enfants, tel-le le/la terroriste qui arrache des vies innocentes ou le/la politicien-ne capable de déclencher une guerre.

Nous savons tou-te-s que les mots sont importants, qu’ils créent des étiquettes et des attributions qui ne sont pas toujours complètement vraies. Le terme « monstre », par exemple, dispose à l’origine d’une connotation fictive et littéraire qui n’évite pas tout à fait son utilisation courante pour décrire tous ces actes qui, devant nos yeux, échappent à la logique et représentent le mal.

policiers trouvant une victime tuée par un monstreLes monstres de chair et d’os, des personnes dépourvues d’humanité

Le mot « monstre » conserve encore ses implications originelles, celles où le surnaturel se conjugue au maléfique pour nous faire du mal, pour provoquer la fatalité. Par conséquent, chaque fois que nous désignons quelqu’un avec ce terme, nous le dépouillons en réalité de tout attribut humain, de toute essence « naturelle ».

Même si nous avons indiqué préalablement que ce terme n’est rien qu’une simple étiquette sans aucun substrat scientifique derrière, nous devons préciser que les spécialistes du profilage criminel ont commis cette erreur à un moment donné de l’histoire. L’illustration de ceci est ce qui s’est produit tout au long des années 70 aux États-Unis avec Ted Bundy.

Dans l’univers criminel, Ted Bundy est le tueur en série le plus impitoyable de l’histoire. Lors des interrogatoires, il a suggéré avoir tué 100 femmes. Un chiffre auquel les autorités ont accordé du crédit eu égard au caractère cruel de ce personnage, alors même qu’ils ne retrouvèrent que 36 des corps de ses victimes.

Bundy était en apparence un homme brillant et admirable. Diplômé en droit et en psychologie, aspirant à devenir politicien et collaborateur constant dans les activités communautaires, il avait l’image du parfait vainqueur, de quelqu’un voué à un avenir de radieux.

Ted Bundy est un monstre

Cependant, après les disparitions de dizaines et de dizaines d’étudiantes universitaires, il fut découvert que le nom de Ted Bundy était derrière ces actes et de bien d’autres encore difficiles à imaginer. Des tueries brutales qui laissèrent sans voix les autorités elles-même. Ils le qualifièrent de « monstre » : non seulement à cause des atrocités commises, mais aussi à cause de la complexité de ses résultats dans les différents tests psychologiques auxquels il fut soumis.

La conclusion a été que Bundy n’était ni un psychotique ni un toxicomane, ni un alcoolique, qu’il ne présentait pas de lésion cérébrale ni ne souffrait de maladie psychiatrique. Ted Bundy prenait simplement du plaisir à faire du mal.

Il existe un autre endroit où les monstres vivent : dans notre esprit

Nous savons que notre monde, notre réalité la plus proche, est parfois comme ces images troublantes de Brueghel l’Ancien, où le mal se cache au milieu de la foule, dans la rumeur des masses de la ville, connue ou inconnue, dans un rue quelconque. Néanmoins, les monstres capables de nous faire du mal habitent non seulement notre environnement, mais occupent également davantage d’espace dans notre propre esprit.

Parfois, la peur, nos émotions et nos pensées peuvent nous oppresser au point de nous enfermer dans un endroit très obscure où nous nous retrouvons perdu-e-s, étouffé-e-s et piégé-e-s par nos propres démons. Certain-e-s écrivain-e-s ont parfaitement réussi à représenter ce voyage où nous prenons contact avec nos propres monstres pour les connaître et nous les approprier, pour réémerger à la surface libérés de nos chaînes.

Dante l’a fait avec Virgile dans la Divine Comédie, Lewis Carroll avec Alice au pays des merveilles et Maurice Sendak avec Max et les maximonstres. Ce dernier livre est un petit délice de littérature pour enfants. Son récit nous invite à réaliser de multiples réflexions quel que soit notre âge, quel que soit notre expérience. Car nous pouvons tou-te-s, à un moment donné, être victimes de ces griffes intérieures, là où nos propres monstres nous entraînent dans un endroit étrange.

Max et les maximonstres

« Lorsque Max a mis son costume de loup, il avait un désir incontrôlable de faire des bêtises, et alors sa mère l’a appelé « MONSTRE! » et Max a répondu » JE VAIS TE MANGER! »

Max et les maximonstres, Maurice Sendak-

Ce petit ouvrage nous permet de faire un voyage dans la peau d’un enfant. Cette aventure nous rappelle que parfois nous devons visiter ce royaume sauvage et chimérique où vivent nos créatures étranges et surréalistes. Au lieu de rester bloqué-e-s, nous devons nous le contourner. Bien sûr, non sans avoir poussé quelques cris, joué sans règles, avoir enragé, avoir ri, avoir pleuré…

Nous laisserons nos empreintes et nos couronnes rouillées au pays des monstres pour remonter en surface, nous sentant libres d’avoir transcendé l’obscurité, purifié-e-s et surtout satisfait-e-s de revenir avec davantage de force à notre vie réelle. Parce que oui, les monstres qui nous avaient été décrits lorsque nous étions enfants existent.

Cependant, dans la mesure où nous ne pouvons pas toujours contrôler celleux qui se dissimulent à l’extérieur, nous devons pour le moins être capables de repousser celleux qui, de temps à autres, surgissent dans nos têtes.