Michael Stone : profil d’un psychopathe et l’échelle du mal

· 20 octobre 2017

Michael Stone, psychiatre légiste et professeur à l’Université de Columbia, est une référence dans la connaissance de « l’anatomie du mal ». C’est lui qui a développé l’échelle du mal, outil aussi curieux que frappant. Cette échelle est supposée faciliter l’évaluation des différents degrés d’agressivité ou des pulsions psychopathiques que le côté obscur de l’être humain peut être amené à développer.

Certain définissent l’échelle du mal comme une descente dans l’enfer de Dante, là où chaque cercle ou chaque maillon définit une série de péchés, d’actes, dont la perversité oscille de ce que nous pourrions tous justifier ou comprendre à ce qui simplement va à l’encontre de l’essence humaine comme autant d’actes abjectes et incompréhensibles.

Il faut tout d’abord préciser que cet outil, bien que développé par un psychiatre légiste très reconnu, manque de valeur clinique lorsqu’il s’agit de juger un criminel. Cependant, le Dr Stone lui-même, ainsi qu’une grande partie de la communauté scientifique, soutient que l’approche basée sur l’analyse détaillée de plus de 600 criminels est suffisamment rigoureuse pour constituer le socle à partir duquel nous pouvons mieux comprendre le germe de la violence et les raisons du mal.

échelle du mal

Le scepticisme des services juridiques et de la communauté médico-légale concernant cette échelle du mal dérive peut-être de l’origine même de cette dernière. Entre 2006 et 2008, la chaîne américaine Discovery a diffusé un programme intitulé «  Most Evil ». Dans ce programme, le Dr Stone a analysé les profils de plusieurs homicides, tueurs en série et psychopathes. Il examina des centaines de dossiers judiciaires, traitant les méthodes et les motivations.

Par ailleurs, à travers de nombreux entretiens réalisés avec d’innombrables criminels en prison, il pu montrer au public comment et de quelle manière s’articulait son célèbre outil de classification.

L’échelle du mal a fasciné le public presque instantanément. Elle se compose de 22 niveaux où chaque typologie analyse des variables aussi importantes que l’éducation, la génétique, les problèmes neurologiques ou les facteurs environnementaux qui peuvent déterminer ces actes de violence.

Néanmoins, beaucoup d’expert-e-s ne virent rien de plus que du sensationnalisme pur dans cette échelle. Cependant, les travaux ultérieurs de Michael Stone montrent une rigueur méticuleuse et approfondie dans le domaine de la psychologie médico-légale et une application exceptionnelle pour tenter d’expliquer ce qui se trouve dans le labyrinthe sinueux et pervers de l’esprit criminel.

Michael Stone et l’échelle du mal

Posons-nous une question simple. Comment définissons-nous le mal ? Que se passe-t-il si un homme en tue un autre en toute légitime défense ? Que se passe-t-il si une femme planifie minutieusement le meurtre de son agresseur, de la personne qui a abusé d’elle ? Considérons-nous ces actes comme des reflets du « mal » ? Existe-t-il une « frontière » ?

Comme nous avons tou-te-s pu le constater en de multiples occasions, il existe des faits justifiables, d’autres que nous pouvons comprendre mais pas justifier, et beaucoup d’autres qui nous sont incompréhensibles. Chacun-e d’entre nous a la capacité d’être violent-e et agressif-ve, nous le savons, mais il existe des nuances, des degrés, des niveaux, des tendances et des dynamiques que le Dr Michael Stone voulait définir.

Les crimes de Charles Manson, de Jeffrey Dahmer, de John Wayne Gacy, de Dennis Rader et d’autres tueurs célèbres sont si effroyablement horribles que la plupart des personnes n’hésiteraient pas à les qualifier de « diabolique », mais… appartiennent-ils tous à la même catégorie de « mal » ?

Ainsi, ce qui nous différencie les un-e-s des autres, ce qui situe la barrière entre ce qui est concevable ou non, est notre personnalité, une partie de notre génétique, notre éducation et le contexte social dans lequel nous avons grandi. Ces facteurs, ainsi que d’autres, sont ce qui a aidé Michael Stone à construire son échelle du mal avec les 22 niveaux que nous allons présenter ci-dessous.

livre de Michael Stone

Premier groupe : homicide justifié

Le niveau 1 se réfère à la simple auto-défense. Dans cette hypothèse, il n’existe pas de caractéristiques de psychopathie et le Dr Stone conclut que ces personnes ne sont pas mauvaises.

Deuxième groupe : le mal par jalousie et par haine

Ce deuxième groupe englobe tous les profils qui commettent des meurtres par jalousie, qu’ils résultent de la vengeance ou de la complicité au point de collaborer à un acte violent. Par ailleurs, nous devons souligner que bien que beaucoup de ces personnes présentent des traits narcissiques et une agressivité considérable, elles ne présentent pas de traits psychopathiques. Voyons cela plus en détail.

  • Niveau 2 : Les crimes passionnels commis par des personnes immatures ou égocentriques.
  • Niveau 3 : Un exemple très frappant de ce niveau sur l’échelle du mal de Michael Stone est Leslie Van Houten. Cette femme était membre de la « famille » de Charles Manson. Une femme qui fut capable de tuer parce que Manson lui ordonna.
  • Niveau 4 : Il s’agit de personnes qui tuent en état de légitime défense mais qui auparavant n’hésitent pas à initier le conflit ou l’agression elle-même.
  • Niveau 5: Il s’agit de personnes traumatisées (victimes de maltraitance pour la plupart) et emportées par la rage, qui n’hésitent pas à se venger efficacement.
  • Niveau 6 : Il s’agit de tueurs impulsifs qui se laissent entraîner par une crise de rage incontrôlée.
  • Niveau 7 : Il s’agit d’individus très narcissiques qui tuent par jalousie ou par passion.
homme qui se fragmente

Troisième groupe : frôlant les limites de la psychopathie

Il existe une limite confuse, complexe et chaotique où les experts rencontrent de grandes difficultés pour diagnostiquer le profil psychopathique. Dans ce troisième groupe se retrouvent toutes les personnes, tous les comportements violents qui, à eux seuls, ne correspondent pas toujours de manière très précise avec la personnalité psychopathique (bien qu’il y ait des traits occasionnels ou temporaires qui la mettent en évidence).

  • Niveau 8 : Il s’agit des personnes présentant un haut niveau de fureur réprimée. Il s’agit de profils qui n’ont besoin que d’une légère stimulation ou d’une situation spécifique pour « exploser » et commettre un acte violent.
  • Niveau 9: A ce niveau de l’échelle du mal nous trouvons les amants jaloux présentant certains traits psychopathiques.
  • Niveau 10 : Ici, nous trouvons les classiques « sicaires », personnes qui tue de sang-froid pour de l’argent ou qui sont capables d’arracher la vie de ceux qui s’interposent avec leurs objectifs. Ils sont égocentriques mais ne présentent pas exactement les traits de la personnalité psychopathique.
  • Niveau 11 : Michael Stone inclut dans cette catégorie les égocentriques présentant des traits psychopathiques plus définis.
  • Niveau 12 : Les personnes qui tuent quand elles se sentent acculées.
  • Niveau 13 : Nous trouvons déjà ici des meurtriers psychopathes qui tuent par rage.
  • Niveau 14 : Il s’agit de personnes qui conspirent, de personnes machiavéliques et égocentriques qui tuent par intérêt.
  • Niveau 15: Ce niveau inclut les psychopathes qui, dans une crise ponctuelle de rage, peuvent tuer des dizaines de personnes de sang froid. Charles Manson en est un exemple.
  • Niveau 16 : Les psychopathes qui, outre le fait de tuer, commettent des actes vicieux.

Quatrième groupe

Dans ce dernier degré de l’échelle du mal se trouve incontestablement le dernier cercle de Dante. Le mal le plus primitif et le plus atavique. Nous parlons de psychopathes incapables de ressentir des remords et pour lesquels l’objectif du meurtre est le plaisir que produit l’acte violent lui-même.

  • Niveau 17: Les tueurs en série aux connotations sadiques, fétichistes et sexuelles. Ted Bundy en est un exemple.
  • Niveau 18 : Les assassins qui torturent d’abord puis commettent un meurtre.
  • Niveau 19 : Les psychopathes qui d’abord intimident, poursuivent en infusant la terreur à leurs victimes, puis commettent le crime.
  • Niveau 20 : Les assassins psychotiques pour qui la seule motivation est la torture.
  • Niveau 21 : Les psychopathes qui ne cherchent qu’à torturer, non à tuer.
  • Niveau 22 : A ce dernier niveau de l’échelle du Mal, nous trouvons les tortionnaires extrêmes et les assassins psychopathes.
Ted Bundy
Ted Bundy

Comme nous avons pu le constater, ce voyage dans les profondeurs du mal montre d’abondantes nuances, de sorte que dans certains cas il n’est pas facile de situer un assassin ou l’artificier d’un acte violent. Nous pouvons être plus ou moins d’accord avec elle, nous pouvons reconnaître l’utilité de l’échelle du mal ou la voir comme une simple tentative de classifier le mal avec des attributs sensationnalistes.

Cependant, ce qui ressort de l’échelle du mal est que nous comprenons actuellement de mieux en mieux l’esprit criminel et que nous disposons chaque fois d’un peu plus de moyens pour le reconnaître. Ce dont nous avons besoin désormais est de doter notre société de mécanismes plus nombreux pour éviter l’accomplissement de tels actes qui, dans bien des cas, naissent de l’inégalité, du manque ou du déracinement.

Références bibliographiques

Stone, Michael (2009). « L’anatomie du mal ». Livres de Prométhée.

Zimbardo, Philip (2012). « L’effet Lucifer » Madrid: Paidos.