L’orthorexie, l’obsession pour la nourriture saine

27 octobre 2017 dans Psychologie 2 Partagés
femme mangeant de la salade

Manger des aliments faibles en graisses saturées, en cholestérol, en sel ou en sucres est l’une des recommandations médicales habituelles. Cependant, l’obsession pour chaque milligramme d’aliments que nous ingérons ou orthorexie, en plus de ne pas être saine, peut cacher un trouble psychique sous-jacent.

Le plus difficile avec ces cas obsessionnels est l’identification des symptômes. Les personnes qui en souffrent sont apparemment saines et il est donc compliqué de savoir à quel moment elles franchissent la ligne qui sépare une bonne habitude d’une habitude nocive. Ainsi, la question est : où se situe cette ligne ?

Qu’est-ce qu’un régime sain ?

Manger sain signifie avoir une nutrition complète, variée et équilibrée. Il n’existe pas d’aliment qui possède tous les nutriments nécessaires au corps et il est donc important d’inclure, dans nos assiettes, les différents groupes d’aliments (fruits, légumes, céréales, viandes…). Tous sont indispensables et doivent être ingérés en quantité suffisante pour notre corps.

Par conséquent, il est très sain de varier les menus habituels et d’essayer d’inclure de tout. Ce n’est que de cette façon que nous réussirons à fournir l’énergie nécessaire au quotidien à notre corps et maintenir un fonctionnement optimal.

Comment manger sain peut-il ne pas être sain ?

Tout, une fois mené à l’extrême, peut être nocif. Dans ce cas, même si manger sain est a priori un comportement « sain », si l’on ne vit que pour cela, cela tourne rapidement en obsession. La pathologie associée à ce comportement est l’orthorexie. Elle a été définie en 2000, même si c’est encore une parfaite inconnue pour beaucoup.

obsession d'une femme pour la nourriture

Ce trouble du comportement se caractérise par le développement d’habitudes alimentaires extrêmement rigides, basées sur le contrôle des composants nutritionnels des aliments et sur la diabolisation d’un certain type de nourriture.

Les personnes souffrant d’orthorexie n’ingèrent que des aliments provenant de l’agriculture écologique, c’est-à-dire libres de transgéniques, de substances chimiques, de pesticides ou d’herbicides. Par conséquent, leurs menus ne sont formés que d’aliments naturels, sans conservateurs ou sucres, et libres de tout type de graisses.

Pour nous faire une idée, les orthorexiques refusent d’avaler une simple tranche de jambon ibérique, uniquement parce qu’ils voient les bouts de graisse blanche. Ils peuvent aussi refuser de boire du gazpacho s’ils apprennent que les tomates qui le composent ne sont pas d’origine organique.

Même si l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ne la reconnaît pas encore comme une maladie, elle a de grandes conséquences sur le bien-être physique et psychologique de la personne. Les études réalisées ont conclu que, derrière cette obsession méticuleuse, il existe habituellement un trouble mental.

De graves conséquences pour la santé

Les troubles du comportement alimentaire sont normalement progressifs. Ainsi, si la personne cesse de manger du pain industriel et des produits traités, un peu plus tard, et si le trouble se développe, il est probable qu’elle élimine peu à peu de son régime des nutriments nécessaires comme les légumes ou les viandes non-écologiques.

Ces personnes deviennent de plus en plus exigeantes et rigides avec tout ce qui est lié à la nourriture. Elles suppriment davantage de groupes d’aliments et ne les remplacent pas adéquatement par d’autres, ce qui se traduit à la longue par d’importants déficits en vitamines ou minéraux essentiels. Si le cas est très grave et si l’obsession ne parvient pas à être contrôlée, il est probable que la personne tombe dans la malnutrition.

femme souffrant d'orthorexie

Comme conséquence de ce régime inadéquat, elles présentent des marques de fatigue et sont plus vulnérables aux maladies. Leur système immunologique est affecté par une réduction des niveaux de sodium dans le sang, ainsi que des plaquettes et des globules rouges et blancs.

En plus de ces conséquences physiologiques, sur le plan psychologique, ce sont des personnes qui ont de hauts niveaux de dopamine et de faibles taux de sérotonine, qui manifestent une anxiété combinée à un excès d’euphorie.

Comment détecter un problème avec la nourriture ?

Normalement, les personnes orthorexiques passent des heures et des heures à planifier leurs menus au millimètre près. Tout ce qu’elles avalent est analysé et elles évitent de manger n’importe quel aliment qui ne respecterait pas leurs contrôles de qualité très stricts. Par ailleurs, si elles transgressent leur régime à cause d’une circonstance spéciale, elles se sentent habituellement très coupables.

Elles ont aussi tendance à s’isoler sur le plan social. Le fait d’ignorer la composition des menus des restaurants les freine au moment de sortir pour manger avec des amis. Par conséquent, pour ne pas ressentir ce manque de contrôle, elles finissent toujours par cuisiner pour elles-mêmes.

Il est difficile que ces personnes savourent la nourriture car elles se concentrent plus sur les qualités de ce qu’elles ingèrent que sur son odeur, son goût ou sa texture. Malgré tout, peu de personnes souffrant d’orthorexie reconnaissent avoir un problème. Cela est en partie dû à la grande acceptation actuelle, dans la société, des personnes qui suivent un « style de vie sain ».

Le profil psychologique des personnes souffrant d’orthorexie

Les personnes plus enclines au développement d’obsessions présentent habituellement un ensemble de traits de personnalité très caractéristiques. Dans ce cas, celles qui ont tendance à se concentrer obsessionnellement sur le type et la quantité de nourriture qu’elles avalent présentent aussi un grand besoin de contrôle dans d’autres domaines de leur vie.

Cette obsession du contrôle dérive souvent sur de l’anxiété. Une anxiété qui peut être affrontée de différentes manières : l’une des plus classiques est de « se ruer sur le frigo ».

Elles font aussi preuve d’un perfectionnisme excessif dans tous les domaines de leur vie (professionnel, familial, social…), accompagné de hauts niveaux d’anxiété. Leurs amis et connaissances les définissent comme des personnes strictes, pointilleuses, inflexibles et très normatives.

femme qui mange un petit pois

La relation avec les troubles alimentaires classiques

En plus des risques que nous avons déjà décrits, il faut savoir que l’orthorexie peut être la porte d’entrée vers certains troubles alimentaires comme l’anorexie. Même s’il existe une grande relation, les différences entre les deux sont claires. Les patient-e-s anorexiques ont peur de grossir et leur auto-concept corporel est altéré. Par conséquent, ils n’ont pas d’obsession pour l’origine organique d’un aliment mais pour la quantité de calories et de graisses que celui-ci possède.

Maintenir un régime sain offre beaucoup de bénéfices. Parmi eux, cela aide à maintenir une relation saine entre notre poids et notre taille ; le cholestérol est contrôlé et le risque de souffrir de certaines maladies cardiovasculaires disparaît. Cependant, tous ces bénéfices partent en fumée quand le contrôle de la nourriture se transforme en obsession.

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