L’amour à travers les époques

· 23 juin 2015

Si nous nous mettions à compter le nombre de chansons, de poèmes, de peintures, de romans, ou de films d’amour, nous n’en verrions jamais la fin.

En effet, il s’agit d’un sujet qui semble interminable, car il existe toujours de nombreuses façons de le comprendre et de l’exprimer, en partant des manifestations les plus pures du romantisme, jusqu’aux révélations controversées du Marquis de Sade ou d’Anaïs Nin.

Aujourd’hui l’idée de l’amour comme « bouée de sauvetage » à laquelle se raccrocher, triomphe, dans une époque où tout s’écroule et se renouvelle, comme si de rien était.

L’amour représente l’oasis promis, même s’il se transforme parfois en champ de bataille. Cela représente également la réaffirmation de soi, même si cela sous-entend parfois de se perdre un peu dans cet autre que nous aimons.

C’est aussi parfois l’occasion de nous libérer de notre cynisme et de notre sarcasme,  face à une vie que nous considérons malheureuse, mais également de notre scepticisme, si nous croyons que rien ne sert d’y croire.

Qu’il y a-t-il de si énigmatique dans un sentiment qui, il y a quelques siècles, ne suscitait aucune interrogation ni curiosité ?

La légende de Charlemagne

Voici une petite légende faisant référence au plus grand guerrier de tous les temps :

« L’empereur Charlemagne, déjà en âge avancé, tomba amoureux d’une demoiselle allemande. Les barons de la cour se faisaient du souci en voyant que le souverain, en proie à une passion amoureuse qui le faisait oublier sa dignité royale, négligeait les devoirs de l’Empire.
Lorsque la demoiselle mourut soudainement, les dignitaires furent soulagés, mais seulement pour quelques temps, car l’amour de Charlemagne, lui, ne s’était pas éteint. L’empereur, qui avait fait ramener le corps embaumé, ne voulait se séparer d’elle.
L’archevêque Turpin, étonné par cette passion macabre, supposait un enchantement et voulut examiner le cadavre. Il trouva alors, caché sous la langue du cadavre, un anneau serti d’une pierre précieuse. À peine l’anneau était-il dans les mains de Turpin, que Charlemagne s’empressa d’enterrer la demoiselle. Et son amour se porta soudainement sur l’archevêque.
Pour en finir avec cette situation délicate, Turpin jeta l’anneau dans le lac de Constance. Charlemagne tomba alors amoureux du lac de Constance et refusait catégoriquement de s’en éloigner ».
Il est évident que, par cette légende, Calvino voulait porter un tout nouveau regard sur les ardeurs de l’amour. Il ne prit même pas la peine de nommer cette pauvre demoiselle, qui était initialement la raison d’une telle passion. Il se contenta de la dénommer « une demoiselle allemande ».
Il se perd ensuite dans les labyrinthes de l’absurde : un très célèbre guerrier qui vénère un cadavre et le fait embaumer… Nous suggère-t-il alors que l’amour ne répond pas toujours à la raison ? Qu’il brise les limites et qu’il nous fait entrer dans le monde de l’irrationnel ? De l’inconscient peut être ?

Enfin, il nous fait cette révélation importante : l’amour s’inscrit dans l’ordre du magique. Il aurait, en effet, beaucoup à voir avec nous-même et avec nos démons intérieurs, plutôt qu’avec la personne pour qui nous ressentons cet amour.

Les coordonnées de l’amour

Si vous vous caractérisez de romantique et que vous êtes un éternel nostalgique de l’amour, il est probable que ce point vous déplaise.

L’amour représente principalement une certaine souffrance, certes, mais une « souffrance positive » de laquelle personne ne veut se défaire.

Florentino Aroza, personnage du roman « L’amour aux temps du choléra« , rejetait fermement tous ceux qui voulaient le protéger de cette braise qu’il préférait consumer encore et encore. Si l’on suit cette logique, l’amour évolue, et c’est pour cela qu’il fait trembler les murs de notre vie.

Si ce sentiment a bien quelque chose de précieux, c’est qu’il nous empêche de tomber dans l’abîme dans lequel nous avons parfois l’impression de chuter.

Il nous permet de faire face au vide et nous rappelle que « si Dieu nous a donné la vie seulement pour nous la retirer, il nous a également offert l’amour pour pour la remplir » (Juan Manuel Roca).

L’amour se trouve peut-être  dans le grand paradoxe qui nous habite. Dans la solitude infinie que chacun de nous porte et dans l’illusion de la surmonter. Dans la vérité de notre destin en tant qu’individu et dans la promesse jamais accomplie de former une unité avec un autre être humain.

Peut être dans cette même phrase énigmatique grâce à laquelle Pablo Picasso a élucidé la raison d’être de l’art : « un mensonge qui nous permet de dévoiler la vérité ».

Photo : Joe Philipson – Vía Flickr