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Erotomanie : le délire d'être aimé-e

4 minutes
Erotomanie : le délire d'être aimé-e
Sergio De Dios González

Relu et approuvé par le psychologue Sergio De Dios González

Dernière mise à jour : 27 décembre, 2022

Depuis que Elena a découvert que Martin, PDG de la société dans laquelle elle travaille et l’un des principaux leaders de son pays, est follement amoureux d’elle, elle se sent comme sur un nuage. Il ne se passe pas un jour sans qu’elle n’en parle à ses collègues de travail. Le problème, c’est que ces derniers ne pensent pas comme elle. Lorsque Martin salue en arrivant le matin, Elena dit qu’il la regarde d’un air séduisant … bien que la seule chose qu’il fasse est de dire bonjour en regardant son téléphone portable et même, Elena dit qu’il a changé de parfum pour l’impressionner. Ce qu’elle ignore est qu’il s’agissait d’un cadeau d’anniversaire offert par la sœur de ce dernier. Que se passe-t-il ? Elena souffre d’érotomanie.

L’érotomanie, également connue sous le nom de syndrome de Clerambault, est un trouble psychologique dans lequel une personne croit qu’elle est aimée par une autre ayant un statut social plus élevé ou qui lui est inaccessible, et ce de manière erronée.

Cette conviction délirante se manifeste souvent chez les femmes, bien que nous trouvions des cas isolés chez les hommes. L’âge approximatif dans lequel ce trouble apparaît est égal ou supérieur à 30 ans et, surtout, se produit chez les personnes qui sont célibataires.

Comment est-il possible que les personnes qui souffrent d’érotomanie ne se rendent pas compte que tout est faux ? Comment peuvent-elles voir que l’autre s’intéresse à elles quand il n’y a absolument rien ? La réponse est simple : elles croient que cela est réel parce qu’elles sont victimes d’une mauvaise interprétation de leur propre réalité, résultant d’un délire.

“Et, plus que pour la joie et le délire, t’aimer par angoisse et dans le doute”

-Xavier Villaurrutia-

Histoires d’amour fictives

Si nous nous mettons dans la peau d’une personne souffrant de ce trouble, peut-être pourrons-nous le comprendre davantage. Combien de fois avons-nous été attiré-e par quelqu’un et avons-nous mal interprété certains signaux ? Peut-être avons-nous perçu un sourire ou un mot agréable comme une corrélation de nos sentiments. Même si nous nous rendions compte rapidement si nous avions raison ou non.

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Les personnes qui souffrent d’érotomanie vivent quelque chose de similaire, mais elles s’invente une histoire d’amour qui n’a jamais commencé. En outre, leur idée délirante tourne autour d’une relation amoureuse romantique idéalisée et, dans certains cas, se réfère à elle comme une union spirituelle partagée avec le/la supposé-e partenaire (qui ne cesse à aucun moment d’être une victime).

Ainsi, l’érotomanie se construit progressivement en fonction des gestes que l’autre aurait manifesté, même s’il n’en est rien. Un regard, un salut ou un sourire qui sont interprétés comme des symboles d’amour secrets par la personne qui souffre de ce trouble.

Parfois, l’objet de l’illusion peut ne pas exister.

Les conséquences de l’érotomanie

Malgré le rejet ou le déni que la présumée personne aimée peut manifester, la personne souffrant d’érotomanie n’en tient absolument pas compte car elle est totalement convaincue que cet amour est réel. Elle crée ainsi dans son délire toute sorte de raisons capables de justifier l’attitude de l’autre, comme par exemple que ce-tte dernier-ère ne soit pas encore conscient-e de son sentiment profond, ou qu’iel est timide et a du mal à le montrer devant les autres.

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Comme nous pouvons le voir, ce type de délires peut être assez sérieux et parfois persistant, ce qui nécessitera un traitement psychologique et, dans certains cas, psychiatrique. Par ailleurs, il est possible que ce trouble ne soit pas isolé mais fasse partie d’autres pathologies cliniques telles que la schizophrénie paranoïaque, la dépression sévère, le trouble bipolaire ou le trouble schizo-affectif.

En outre, la personne qui en souffre peut subir un choc émotif important lors d’événements tels que le mariage ou la naissance d’un enfant de la personne qui est supposée l’aimer. Il est probable qu’après cette lune de miel initiale, au fil du temps, la personne souffrant d’érotomanie continue de souffrir car elle ne peut s’arrêter d’imaginer une relation avec quelqu’un qui ne lui correspond pas en réalité.

Est-ce que je souffre d’érotomanie ?

Si vous vous êtes posé-e cette question, vous devriez vérifier tout ce qui a été évoqué précédemment. Comme nous l’avons déjà fait remarquer, nous avons probablement cru à une réciprocité sentimentale plus d’une fois, mais ceci n’a rien à voir avec le délire érotomaniaque ou le syndrome de Clérambault.

“Ma douleur est continue, mon échec évident et mon délire constant.”

-Rapsusklei-

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Dans des cas extrêmes, l’érotomanie peut même générer de fausses réalités telles que des relations sexuelles n’ayant jamais existé, des grossesses psychologiques ou des comportements obsessionnels de contrôle de l’autre.

Dès lors, quand sommes-nous en présence d’un véritable trouble ? Lorsque, malgré la distance, l’ignorance, les rejets, nous nous croyons aimé-e-s et fait-e-s l’un pour l’autre ; lorsque l’autre est totalement inaccessible mais que nous croyons toujours qu’iel est amoureux-se de nous. Et surtout, lorsqu’un-e professionnel-le spécialisé-e l’a diagnostiqué… Souvent, un trouble est plus que de simples symptômes.

Si vous pensez présenter ce trouble, adressez-vous à un-e spécialiste. N’hésitez pas à demander de l’aide et à essayer de le résoudre.

 

Image de Christian Schloe


Ce texte est fourni à des fins d'information uniquement et ne remplace pas la consultation d'un professionnel. En cas de doute, consultez votre spécialiste.