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Charles Taylor et la construction de l'identité dans la modernité

4 minutes
Charles Taylor a découvert qu'il y avait de grandes différences entre l'être humain d'aujourd'hui et celui d'autres époques. Aujourd'hui, nous sommes traversés par l'influence de multiples cultures et nous avons en même temps du mal à trouver un sens à la vie. Pourquoi ?
Charles Taylor et la construction de l'identité dans la modernité
Gema Sánchez Cuevas

Relu et approuvé par Psychologue Gema Sánchez Cuevas

Écrit par Edith Sánchez
Dernière mise à jour : 04 janvier, 2023

Charles Taylor est un philosophe canadien qui a travaillé sur la question de l’identité dans le monde moderne. Plus exactement, il s’est intéressé à la manière dont la morale s’est construite au cours du siècle dernier car ce processus marque une grande rupture avec les époques antérieures.

À l’époque actuelle, la question de l’identité a acquis une importance énorme, ce qu’elle n’avait pas dans le passé. Le « moi » est devenu une affaire de premier ordre depuis le XIXème siècle. Avant cela, une vision collective du monde et de la vie prévalait. Le « moi » était un élément de plus dans la constellation du groupe, pas une catégorie décisive comme c’est le cas aujourd’hui.

L’œuvre la plus connue de Charles Taylor traite précisément de ce thème. Elle s’intitule Sources of the Self: The Construction of Modern Identity et est déjà considérée comme un classique. Beaucoup qualifient l’auteur de « communautariste » et d’autres de « libéral ». Le plus admis est qu’il s’agirait d’un « communautariste libéral ». En termes d’identité et de moi, c’est quelqu’un qui reconnaît le poids de l’individu et de la communauté dans la construction de la réalité.

« Je crois que la vie humaine ne se comprend pas sans histoire. En analysant la situation de la spiritualité et de la religion, je vois qu’il y a beaucoup de gens qui recherchent quelque chose, que ce soit une conception athée ou religieuse. Il y a aussi beaucoup de gens qui déplorent l’érosion du christianisme et résistent à sa disparition. L’enjeu est de comprendre les deux partis, croyants et non-croyants, et qu’ils coexistent ».

-Charles Taylor-

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Pour Taylor, l’identité est aujourd’hui traversée par le multiculturalisme.

Charles Taylor et le multiculturalisme

L’un des aspects fondamentaux de la philosophie de Charles Taylor est le concept de multiculturalisme. Il rappelle que dans les sociétés d’aujourd’hui, l’identité est traversée par ce facteur. Pour l’expliquer, il prend comme exemple la société américaine, véritable creuset de cultures.

Taylor souligne que, bien que plusieurs identités culturelles coexistent aux États-Unis et dans des pays similaires, la vérité est qu’il n’y a pas d’approximation fondamentale. Autrement dit, il n’y a pas « d’interculturalisme ». Même s’il existe certaines règles de coexistence entre les cultures et que celles-ci sont généralement respectées, il n’y a pas de compréhension des différentes façons de penser. Cette incompréhension se manifeste plus tard par un conflit social et, surtout, par une exclusion fondée sur les différences culturelles.

Charles Taylor compare cela avec ce qui se passe au Canada. Dans ce pays, il y a eu une intégration des cultures. Elle est due, selon Taylor, au fait que l’accent n’est pas mis sur les normes et les lois de la coexistence mais sur la reconnaissance mutuelle de la différence. En ce sens, on parle d’un multiculturalisme « dense », c’est-à-dire qui reconnaît le poids fort et l’énorme profondeur des différences culturelles, tout en renonçant à l’exercice de l’hégémonie par un groupe minoritaire.

Identité moderne

Charles Taylor a fait une analyse approfondie de la façon dont le moi moderne a été configuré depuis le XVIème siècle. Il a pris le moi européen et nord-américain comme référence. Cependant, ses conclusions peuvent s’étendre à d’autres sociétés. Ce moi s’est construit à travers des pratiques culturelles concrètes telles que l’art, les formes familiales, la religion, les valeurs, etc.

Taylor se demande : quelles sont les sources morales derrière ces pratiques culturelles ? Pour répondre à cela, il se réfère à l’idée de « bien », en particulier dans le monde moderne. C’est à cette époque qu’apparaît une nouvelle sensibilité qui est l’affirmation de soi, accompagnée du contrôle de soi, de la confiance en soi, de l’autonomie, etc.

L’inverse de ce qui précède est l’idée de ne pas être engagé envers le monde mais uniquement envers soi-même. La technologie, la rationalité scientifique et la sécularisation marquent l’identité du moi moderne. Autrement dit, l’instrumentalisation et « l’objectivation » de la nature et de la réalité.

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L’autodétermination prévaut dans l’identité moderne.

La sécularisation : l’aspect clé

L’un des aspects qui marque une rupture historique entre l’homme moderne et ses prédécesseurs est la sécularisation, selon Charles Taylor. Il fait ainsi référence au fait que les êtres humains sont de moins en moins religieux, dans certains cas, ou très dispersés dans leurs croyances, dans d’autres.

C’est la première fois dans l’histoire que les êtres humains ne sont pas liés les uns aux autres par de grandes croyances religieuses partagées par des groupes majoritaires. En Occident, il n’y a plus de religions hégémoniques dominantes.

L’une des conséquences de la perte de la foi est la confusion sur le sens de la vie. Avant, il était facile de le définir à partir de la religion ; maintenant, il est devenu clair qu’il faut le construire. Pour cette raison, dit Charles Taylor, l’une des caractéristiques essentielles de l’identité contemporaine est le « désir de sens ». Nous en sommes restés à ce point.


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