Captain Fantastic, un film donnant lieu à la réflexion

· 1 novembre 2017

Il y a des films qui inspirent, et Captain Fantastic est l’un d’entre eux. Indépendamment des goûts de chacun-e, ce film ne laisse personne indifférent ; plus encore, son approche ne cache pas sa soif de provocation ni son intention de mener le/la spectateur-trice à se sentir pris-e dans un tremblement de terre. Dans l’audace du regard qu’il porte, il aborde des thèmes aussi controversés que la culture américaine et l’éducation indépendante. Ses postures sont radicales et critiques, mais aussi sincères et ouvertes à la critique.

Du point de vue de la psychologie, diverses interprétations peuvent être faites de Captain Fantastic. Cependant, dans cet article, nous allons nous centrer sur certains aspects psycho-culturels, ou autrement dit, décrire comment certains des comportements qui apparaissent reflétés dans ce film peuvent nous paraître bizarres ou excentriques, alors qu’ils sont communs dans d’autres cultures.

Si vous n’avez pas encore vu Captain Fantastic, il se peut que cet article vous donne envie de le faire. Cependant, nous voudrions avant tout préciser que l’article contient des SPOILERS, même s’il est certain que nous avons essayé de les limiter pour ne pas casser la capacité de ce film à surprendre tou-te-s celleux qui s’en approchent pour la première fois.

homme jouant de la guitare avec sa fille

Un rituel fantastique

Le début du film est marqué par le sang. Le frère aîné apparaît en train de chasser un cerf armé d’une machette. Cette image peut sembler confuse, même s’il se peut que, après avoir vu le film, on ne comprenne pas la raison de ce début. Pour le comprendre, nous devons avoir recours à des cultures qui comptent sur des rituels d’initiation à l’âge adulte.

Bien des cultures ont des rites d’initiation. Par exemple, au Mexique, il existe la « quinceañera ». Ces rituels, qui peuvent être très divers et se donner à des âges différents dans chaque culture, marquent le début de la vie adulte. La réalisation de ces rituels mène les enfants à se rendre compte que l’enfance est finie et qu’ils doivent commencer à se comporter comme des adultes.

Dans les société modernes, ces rites se sont perdus, ce qui provoque une certaine confusion. Bien des personnes ne savent pas vraiment à quel moment elles deviennent adultes. Par exemple, aux Etats-Unis, on est majeur-e à 18 ans. Cependant, à cet âge, il est encore interdit de boire de l’alcool. On considère que les jeunes sont responsables pour certaines choses, mais pas pour d’autres.

De plus, les rituels, surtout les plus coûteux, sont là pour créer un lien entre les personnes, et en l’occurrence en ce qui concerne ce film, un lien plus profond entre les membres de la famille. Si les personnages n’avaient pas fait partie de la même famille, le rituel aurait servi à instaurer une relation forte, ce que l’on appelle « le lien de parenté psychologique ».

Une éducation fantastique

Il y a une maxime dans l’éducation que ce père particulier prétend donner à ses enfants : que la vérité règne toujours. Il ne leur ment jamais, aussi controversés soient les thèmes qu’il aborde ou même si une question peut amener à une autre. Il s’agit d’une éducation sans euphémismes. Il leur parle de la maladie et de la mort de leur mère sans aucun tabou, il leur parle explicitement de sexe. A aucun moment il ne réprime ses émotions et les enfants reçoivent un traitement similaire et ce peu importe leur sexe ou leur âge.

Dans les sociétés occidentales, et dans bien d’autres, le sexe et la mort sont des thèmes tabous. Pour en parler à ses jeunes enfants, le père de famille du film a recours à des mythes et des métaphores qui soulagent leur besoin de connaissance. Les émotions sont modelées pour ne pas être exprimées publiquement et sont uniquement exprimées quand cela semble socialement correct. Des phrases telles que « les hommes ne pleurent pas, ce sont les petites filles qui pleurent »,  » si les gens te voient triste, ils vont penser que tu es faible » ou encore « ne rie pas si fort, c’est vulgaire » sont communes dans ce type de sociétés.

Cependant, cela n’arrive pas au sein de toutes les sociétés. Par exemple, la population chilienne se caractérise car elle se démarque par sa « féminité » ; en effet, les chilien-ne-s sont généralement plus expressif-ve-s dans leurs émotions puisqu’iels laissent toujours un espace et une opportunité pour les exprimer et leur donner un sens. La cause semble résider dans leur passé Quechua-Aymara.

D’un autre côté, il a été démontré que le fait de cacher des informations aux enfants les perturbe. C’est pourquoi leur donner des réponses avant même qu’ils ne posent des questions, cela peut renforcer leur estime personnelle : les petit-e-s se sentent plus précieux-ses et confiant-e-s quand iels arrivent à comprendre un sujet qui les inquiète. Des cultures telles que la culture tibétaine considèrent qu’il est important de parler ouvertement de la mort, et des pays comme la Norvège permettent des programmes infantiles d’éducation sexuelle très explicites.

nuage en forme de cigogne portant un bébé

Un capitaine permissif

Dans le film, il semble que le père de famille comprenne que ses enfants ont besoin de s’intégrer dans la société, de s’y faire une place. C’est pourquoi il met ses enfants dans une école normale, et qu’il leur permer d’être en contact avec les autres enfants de leur âge. Cependant, l’aîné, qui a été accepté dans certaines des meilleures universités du pays, décide de partir dans un pays africain pour travailler en tant que bénévole et pour découvrir le monde.

Les deux pratiques présentent un certain nombre de similitudes avec une pratique habituelle chez les Amish : le Rumspringa, qui consiste, pour les jeunes de 16 ans, à quitter la communauté afin de décider s’iels veulent la retrouver et y rester pour toujours, ou bien s’iels préfèrent l’abandonner. Il n’existe pas de temps délimité pour décider, et iels peuvent prendre des années avant de le faire.

Ce type de pratique permet aux jeunes de connaître d’autres modes de vie. La société amish repose sur de nombreuses restrictions ; pas d’électricité, et des normes très strictes. Les jeunes profitent de cette période pour se révéler et avoir des comportements qui sont interdits dans leur communauté. Cela leur permet aussi de connaître une période de coupure au cours de laquelle iels cherchent leur partenaire. Après le Rumspringa, la grande majorité décide de retrouver la communauté.

communauté Amish

C’est tout pour le moment les ami-e-s…le reste est à découvrir dans Captain Fantastic

Même si dans Captain Fantastic apparaissent bien des scènes qui donneraient lieu à d’intéressantes discussions et comparaisons dans les différents domaines de la psychologie, nous nous sommes centré-e-s sur certaines uniquement. Peut-être la grande question que pose le film est-elle de savoir s’il existe une manière différente d’éduquer et, par conséquent, une manière différente de vivre. De plus, il nous rappelle que, en tant que projet d’inspiration humaine, elle serait toujours imparfaite et améliorable : elle aurait des qualités, mais aussi des défauts.

Nous vous invitons à voir Captain Fantastic si le sujet vous intéresse, vous inquiète ou si vous êtes disposé-e-s à prendre un moment pour regarder le monde depuis une autre perspective. Peut-être que ce qui se cache derrière la porte qu’ouvre ce film résulte plus ou moins attirant pour vous, mais il est indubitable que vous passerez un bon moment en le regardant.