Pourquoi appliquons-nous la même formule si elle n’est pas efficace ? (Tentatives de résolution infructueuses)

6 mars 2020
Lorsque nous avons un problème, nous appliquons généralement la même formule, encore et encore, même si les résultats ne sont pas efficaces. Pourquoi faisons-nous cela ? Plus important encore, comment pouvons-nous arrêter de le faire ?

Les problèmes sont l’une de nos plus grandes préoccupations. La vie n’est pas une expérience facile et est entravée par les difficultés naturelles qui apparaissent dans la vie quotidienne. Bien plus encore lorsque les difficultés se transforment en problèmes, et que nous appliquons la même formule pour les résoudre..

Les problèmes stagnent, bloquent l’évolution et entravent la croissance, principalement lorsque l’on ne les résout pas. Nous finissons par vivre avec et toute leur écologie tourne autour du despotisme qu’ils exercent.

La transformation d’une difficulté en problème et sa perpétuation sont le résultat de tentatives de résolution ratées. Il faut ajouter à cela le facteur aggravant que ces tentatives – en elles-mêmes – sont également devenues un problème. Plus nous essayons de résoudre un problème, plus nous obtenons le même résultat et plus le problème initial s’installe dans notre système.

Les tentatives de résolution sont une série d’actions et d’interactions qui visent à résoudre la difficulté. Ces actions sont ainsi les mécanismes typiques auxquels la personne a recours lorsqu’elle est confrontée à un obstacle.

En général, nous, les êtres humains, n’exploitons pas notre créativité au service des tentatives de résolution. Nos cadres conceptuels, qui sont régis par une logique rationnelle (et il existe de nombreuses occasions où la logique est inefficace), ont un répertoire très étroit qui ne favorise pas la variation en termes qualitatifs.

Cependant, nous avançons mieux dans le domaine quantitatif. Nous avons tendance à faire la même chose de manière répétée. Et ce, même si les résultats ne vont pas dans le sens attendu et que nous obtenons un échec. Les exemples suivants en sont des illustrations.

  • Alors que leur enfant continue d’avoir des problèmes scolaires, ses parents continuent de recourir à des professeurs privés qui obtiennent de légères modifications, voire aucune
  • Une fille ne veut pas manger. Sa mère continue à la presser avec des assiettes de nourriture, ce qui génère une plus grande aversion pour la nourriture
  • Un responsable continue à utiliser la réprimande contre l’inefficacité d’un employé. Il en résulte une tension et une nervosité accrues, ce qui augmente son inadéquation
  • Des parents ordonnent à leur enfant de ne pas crier, en lui criant dessus

Comme on peut le voir, ces façons d’agir pour résoudre les problèmes génèrent des prophéties auto-réalisatrices. Il faut tellement éviter un sujet que nous finissons alors par lui donner corps via nos actions.

Un homme inquiet chez lui

Pourquoi utilisons-nous toujours la même formule ?

Quelles sont les raisons pour lesquelles nous continuons à appliquer la même formule malgré son inefficacité ? Pourquoi répétons-nous et augmentons-nous les tentatives de résolution alors que nous obtenons un résultat inverse ?

Les réponses sont dans notre esprit, dans notre façon de traiter l’information. Ainsi, les processus et les mécanismes que nous utilisons sont basés sur :

  • La recherche des causes : notre réflexion se base sur la logique du pourquoi linéaire, de la relation de cause à effet. Chaque fois que nous voyons un résultat, nous essayons d’expliquer la raison pour laquelle il se produit
  • Le principe explicatif : il s’agit de la tendance à s’expliquer de manière unidirectionnelle et simpliste
  • La méthode analytique : nous décomposons les parties, analysons chacune d’entre elles et les additionnons dans l’espoir de saisir et de comprendre l’ensemble
  • La pensée binaire : elle oscille linéairement entre les polarités (noir blanc, haut bas, fermé ouvert)
  • La logique mathématique : nous appliquons la logique déductive à la résolution des problèmes émotionnels
  • La réalité objective : nous poursuivons à tout prix la recherche et la croyance en une réalité unique, extérieure au regard. Nous croyons qu’elle peut être observée objectivement
  • La recherche de la vérité unique : nous pensons qu’il n’y a qu’une seule vérité et qu’il faut la révéler. Tout ceci dans l’illusion de résoudre le problème
  • L’intuition : nous croyons qu’il existe une réalité extérieure, une seule vérité. Nous voulons l’expliquer et la comprendre. Ce serait la seule possibilité de résoudre le problème
  • L’inertie cognitive : il s’agit de la tendance à appliquer des schémas de pensée répétitifs et des processus de stéréotypage du type effet domino cognitif

Ces composantes constituent une façon d’aborder les problèmes, de les analyser et d’appliquer des formules pour les résoudre.

Nous finissons tous par appliquer des solutions mémorisées et nous répétons toujours la même chose. Cela perpétue nos schémas répétitifs. Cette rigidité des schémas mentaux façonne notre modèle cognitif. Ce dernier se retrouve sous pression dès lors que nous ne parvenons pas à exercer notre créativité et à dépasser les limites de nos frontières mentales.

L’hémisphère gauche, rationnel et logique, est celui qui prédomine dans l’analyse de la situation pour une solution probable. Alors que le droit, créatif et plus émotionnel, est relégue au moment même où il est le plus nécessaire.

Sortir de la quadrature mentale de la formule unique

Ce processus est clairement visible dans les problèmes d’ingéniosité. Prenons en exemple le problème des neuf points. C’est un problème simple et difficile à apprendre. C’est pourtant un exemple clair de tentatives de résolution qui échouent.

Neuf points sont placés (comme le montre la figure suivante) et l’instruction est de les parcourir sans soulever le crayon avec quatre lignes droites.

Le problème des neuf points

Lorsque nous analysons cette figure, après avoir lu les règles et regardé les neuf points, il est impossible de ne pas voir le carré qu’ils forment. Ceci s’explique par la loi de la perception gestaltique de la proximité. Une succession de points forme une ligne droite dans notre esprit.

Ensuite, nous sommes piégés à l’intérieur de la grille. Nos essais et tentatives de résolution se limitent donc au périmètre du carré.

Maintenant, pour résoudre ce problème, nous devons dépasser l’illusion de ce périmètre. Nous devons le prendre pour ce qu’il est : une illusion. Les lignes que nous allons tracer pour la solution de la proposition doivent dépasser les limites du carré imaginaire.

 

Le carré que nous voyons n’est pas seulement concret. Il s’agit d’une métaphore de notre propre quadrature conceptuelle, de nos schémas rigides qui ne nous permettent pas de sortir de notre modèle de traitement de l’information.

Dépasser le périmètre de notre modèle exige de la créativité. Si nous faisons une association avec la théorie des deux hémisphères, la quadrature est notre hémisphère gauche, rationnel, de calcul mathématique. Notre hémisphère droit (les lignes qui dépassent le périmètre) est plus émotionnel. C’est celui qui nous indique la voie de la créativité.

Notre cerveau systématise non seulement les contenus mais aussi les processus. Pour mieux dire, il répète les façons de traiter l’information. D’autre part, nous sommes tellement imprégnés de logique rationnelle que nous appliquons des formules basées sur celle-ci. Nous oublions que les problèmes humains sont principalement régis par les émotions.

Sur cette base, et en respectant l’adage « L’homme est un animal d’habitudes« , nous appliquons la même formule encore et encore, malgré l’obtention d’un résultat opposé à celui que nous souhaitons obtenir. Entre-temps, nous mettons en question les résultats et non les prémisses qui y conduisent.

En examinant la raison du maintien des tentatives de résolution, en plus de la systématisation des opérations mentales, on observe que certaines tentatives de résolution offrent un soulagement momentané.

Par exemple, une femme est en détresse et cherche naturellement le sens de sa tristesse. Puis, elle regarde le jour gris et pluvieux et lui attribue la cause de son malaise. Il est clair que cela ne transforme pas son état. Pourtant, cette justification momentanée lui apporte une certaine tranquillité d’esprit.

 

De nombreux systèmes échouent

Les tentatives pour résoudre les problèmes ne se limitent pas aux initiatives personnelles. En effet, une personne s’imprègne d’une série de tentatives personnelles qui ont échoué. Après avoir passé des années à systématiser le même processus, elle est devenue plus vulnérable et plus dépendante de son environnement. Elle y recourt systématiquement lorsqu’elle cherche des réponses pour améliorer ses résultats.

Cela signifie que parmi les tentatives échouées en principe, on observe des tentatives personnelles, c’est-à-dire celles où la même personne fait et refait la même chose, à la recherche d’une solution. Parmi ces tentatives, on trouve celles que l’on appelle des « mantras » : « Ça ne m’arrivera pas, ça ne m’arrivera pas« , « Tout va bien se passer, tout va bien se passer« .

Il existe également des tentatives professionnelles dans lesquelles différentes personnes ayant des compétences ont été aidées à trouver une solution.

Enfin, il y a les tentatives de personnes affectueusement proches (voisins, amis, famille, etc.). Celles-ci donnent des conseils utiles qui s’avèrent parfois inutiles. En effet, elles motivent et encouragent les gens à aller de l’avant, même si cela donne des réponses inefficaces. Tout du moins, elles sont touchées par ce qui nous arrive.

Beaucoup nous harangue comme des bergers : « Tu peux le faire, tu peux le faire ! » Ce qui se passe, c’est qu’en plus de ne pas trouver de solution, nous sommes coincés entre la demande interne de « tout va bien se passer » et la demande externe de « tu peux le faire« . Et cette situation génère une telle anxiété qu’elle ne profite pas à la résolution.

Si nous continuons avec une telle inertie, nous ne parviendrons pas à trouver une solution. Examinons la métaphore suivante. Si nous sommes au milieu d’un match de football, et que nous avons l’impression de perdre le match, nous baissons la tête et regardons le ballon courir désespérément. Il s’agit donc d’une formule négative. Que faire alors ?

La recommandation est la suivante : avoir la balle sous les pieds, la jouer, la dominer, freiner et lever la tête pour savoir quelle direction prendre. Si le problème continue, il devient alors possible de la passer à des joueurs plus experts ou de tirer au but. Toute option est valable sauf insister dans l’inefficacité.