Medard Boss et la philosophie du Dasein

7 août 2019
Medard Boss fut un important psychiatre et psychanalyste du XXè siècle. Profondément influencé par la pensée philosophique de Heidegger, il croyait profondément en la philosophie existentielle.

Medard Boss, psychiatre et psychanalyste suisse, développa une forme de psychothérapie connue sous le nom de « analyse Dasein ». Cette catégorie d’analyse mêle la pratique psychothérapeutique de la psychanalyse avec la philosophie existentielle phénoménologique de son ami et mentor Martin Heidegger.

Le terme « Dasein », principalement utilisé en philosophie, provient de l’allemand et signifie « être là ». Ce terme philosophique a été utilisé par différents auteurs allemands, mais il est principalement attribué à Heidegger.

L’idée de combiner psychologie et philosophie peut sembler contraire à l’idée de la psychologie en tant que science. Néanmoins, nous ne devons pas oublier que la philosophie a joué un rôle fondamental pour le développement postérieur des sciences. La psychologie ne cesse d’être une science de l’esprit dont les origines remontent à la théorie de la connaissance : la relation entre l’esprit et les idées est extrêmement importante pour la psychologie.

Dans la suite de cet article, nous vous révélons comment la philosophie de Dasein a profondément influencé la psychologie et les études de Medard Boss.

Les débuts de Medard Boss

Medard Boss est né à St Gallen (Suisse) le 4 octobre 1903, mais il grandit à Zurich. À ce moment-là, les études psychologiques sont en plein épanouissement dans la ville.

Medard Boss reçoit son diplôme de médecine en 1928. Il décide ensuite d’aller étudier un temps à Paris et à Vienne et est analysé par Sigmund Freud lui-même. Plus tard, il continue l’analyse via des sessions avec le psychanalyste suisse Hans Behn Eschenburg.

À son retour à Zurich, il continue sa formation à l’hôpital Burghölzli sous la supervision du psychiatre Eugen Bleuler. Par la suite, il suit une formation psychanalytique formelle à l’Institut Psychanalytique de Berlin (BPI) sous la supervision de l’analyste Karen Horney. Il étudiera avec Hanns Sachs, Otto Fenichel, Wilhelm Reich et Kurt Goldstein.

La maturité professionnelle

Medard Boss et Jung

Plus tard, il déménage à Londres, ville où il travaillera étroitement avec Ernest Jones pendant six mois à l’hôpital national des maladies nerveuses.

À partir de 1938, de nouveau à Zurich, Carl Gustav Jung invite Medard Boss à se joindre à lui et à participer à un atelier avec d’autres médecins pour étudier la psychologie analytique. Cette expérience avec Jung se prolongera pendant presque dix ans. Cette expérience montre à Boss que la psychanalyse ne doit pas se limiter aux interprétations freudiennes.

C’est également pendant les années 30 que Medard Boss rencontre Ludwig Binswanger. Grâce à Binswanger, il découvre l’œvre philosphique de Martin Heidegger. Cet œuvre va jouer un rôle crucial dans le développement postérieur de sa carrière.

Grâce à l’influence de Heidegger, Medard Boss se convertit pour de bon à la psychologie existentielle. Son impact dans la thérapie existentielle est si grand que l’on entend bien souvent parler de Medard Boss comme étant le cofondateur de cette thérapie aux côtés de Ludwig Binswanger.

Au bout de quatre ans à l’hôpital Burgholzli, Medard Boss continue ses études entre Berlin et Londres. Parmi ses maîtres, figurent plusieurs personnes du cercle intime de Freud comme Karen Horney et Kurt Goldstein.

 

La théorie de l’analyse Dasein

Medard Boss et Heidegger

Pour Medard Boss, le point existentiel du monde n’était pas quelque chose que nous interprétions, c’était quelque chose qui existait au-delà de toute interprétation. Ainsi, sa théorie consistait à montrer que ce quelque chose est dévoilé à la lumière de Dasein.

Grosso modo, Medard Boss pensait que le Dasein était un moyen d’ouvrir l’esprit pour éclairer une situation. Le symbolisme de la lumière joue un rôle important dans le travail de notre psychiatre et psychanaliste. On retrouve les termes suivants dans ses études : « sortir de l’ombre », « illuminer une idée » ou encore « illumination ».

Par ailleurs, Medard Boss affirmait que l’état d’esprit joue un rôle décisif dans la façon de réagir des personnes. Une personne énervée, par exemple, est particulièrement en harmonie avec des éléments qui créent une sensation d’énervement.

La pensée et la pratique médicale de Medard boss a été influencée par ses voyages en 1956, 1958 et en 1995 en Inde. Là-bas, il interagit avec Swami Gobind Kaul, un érudit indien.

 

Medard Boss et les rêves

Medard Boss a étudié les rêves plus qu’un autre existentialiste. Pour lui, les rêves sont importants en thérapie. Néanmoins, au lieu de les interpréter comme le font les freudiens ou les jungiens, il autorise les patients à révéler leurs propres interprétations.

Medard boss considérait que les rêves créaient un propre message. Selon lui, les rêves nous montrent comment nous illuminons notre vie. Par exemple, si nous nous sentons attrapés, nos pieds seront attachés dans le rêve, et si nous nous sentons libres, nous volerons.

En 1971, Medard Boss reçoit le Grand Prix Thérapeute, prix octroyé par l’Association américaine de Psychologie. Pendant près de deux décennies, il préside la Société Internationale de Psychothérapie médicale.

Au long de sa carrière, il publie plusieurs livres dont Psychanalyse et Analytique du Dasein, Il m’est venu en rêve… Essais théoriques et pratiques sur l’activité onirique ou encore Introduction à la médecin psychosomatique

Medard Boss, dont la vie fut riche en succès académiques, meurt en 1990, laissant derrière lui un héritage intéressant pour la psychologie.

 

  • Jenner, F. A. (2006). Medard Boss’ Phenomenologically Based Psychopathology. In Phenomenology and Psychological Science (pp. 147-168). Springer, New York, NY.
  • Dolias, L. (2010). Bad dreams are made of this: Looking at distressing dreams in light of Heidegger’s Befindlichkeit and boss’ dream theories. Existential Analysis, 21(2), 238-251.
  • Boothby, R. (1993). Heideggerian Psychiatry? The Freudian Unconscious in Medard Boss and Jacques Lacan. Journal of Phenomenological Psychology, 24(2), 144-160.
  • Jonckheere, P. (2004). El cuerpo rehen de si mismo. Aspectos fenomenológicos de la anorexia mental. Revista Latinoamericana de Psicopatologia Fundamental, 7(2), 11-28.