Maman, si je ne rentre pas à la maison ce soir

· 4 octobre 2018

Maman, si je ne rentre pas à la maison ce soir, ne laisse pas ma voix s’éteindre. Ne laisse pas le monde s’amuser de ma façon de m’habiller. Ou de ma façon de marcher. Dis-leur que si j’ai été gentille avec ce garçon qui est venu me parler, c’est juste par éducation. Je ne cherchais pas un flirt. Car maman, si je ne rentre pas à la maison ce soir, c’est parce qu’un garçon m’a violée et que je suis une autre victime.

Dis-leur qui je suis vraiment et que ma voix ne s’évanouisse pas noyée dans ce que la presse ou ceux qui ne me connaissent pas réellement veulent raconter. Que ce qu’ils disent de moi en ville, la mauvaise réputation qui me persécute, vient du fait que j’ai vécu comme je le voulais sans tenir compte de ce qu’ils pourraient dire. Parce que je suis la maîtresse de ma vie. Je ne suis pas prisonnière de ce que les autres attendent d’elle.

Les femmes sont jugées à chaque pas qu’elles font. Elles doivent dès leur plus jeune âge répondre à certaines attentes et sont alors de « mauvaises filles » ou des « putes » si elles vivent différemment. Dans ce cas-là, elles méritent alors ce qui leur arrive.
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Maman, dis-leur que j’ai essayé de vivre ma liberté

Maman, dis leur haut et fort, jusqu’à ce que tu en perdes la voix, que j’ai seulement essayé de vivre ma liberté. Qu’ils comprennent enfin que peu importe le nombre de relations sexuelles que j’ai déjà eues, que ce qui importe en revanche est de savoir si mon agresseur paye pour du sexe et que pour cela il considère la femme comme un objet supplémentaire.

Ma façon de m’habiller m’appartient. Si les hommes me sexualisent parce qu’il fait chaud et que je me découvre un peu plus qu’en hiver, c’est davantage leur problème que le mien. Pensez-y, c’est juste des vêtements. Les hommes se baladent torse nu, le pantalon bas, montrent leur caleçon, les portent même sous leurs fesses, et aucune fille ne tente de les violer. Pourquoi en est-il ainsi …?

maman, si je ne rentre pas à la maison ce soir

Maman, raconte-leur la peur que ressent une femme qui marche seule

Rappelle-leur la peur que nous ressentons lorsque, la nuit, je reviens seule après avoir traînée un peu plus longtemps. Dis-leur que cette peur n’apparaît que chez moi et pas chez mon frère, parce que je suis une femme et que je suis davantage en danger pour cette seule raison.

Dis-leur comment je serre mes clés dans ma main avant d’atteindre mon portail pour les enfoncer dans le ventre d’un éventuel agresseur. Dis-leur que les femmes regardent toujours derrière elles, le jour comme la nuit, lorsque nous sommes seules dans la rue, ou n’importe où ailleurs.

Sur le chemin du retour, je veux être libre, pas courageuse.

Tout d’abord, maman, ne te sens pas coupable si je ne rentre pas à la maison ce soir. Parce que tu ne pouvais pas faire plus. Tu m’as éduquée à vivre comme je le souhaite et sans complexes. Maman, tu m’as prévenue de tout ce qui pouvait arriver. Tu m’as clairement fait savoir que si cela arrivait, je ne pourrais l’éviter. Je te dis maintenant que tu ne le peux pas non plus. Je suis victime parce que je suis une femme. C’est quelque chose que je ne peux pas changer.

Parce que maman, je suis la victime de cette société machiste, une violée de plus. Mais je suis celle qui sera le plus durement jugée. Les hommes violent car leur système patriarcal leur a dit que nous sommes difficiles et qu’ils doivent insister, que nous aimons les compliments et toute marque d’affection, même lorsque nous n’en demandons pas.

Parce qu’il est difficile de comprendre que tout homme peut être un violeur et toute femme une victime. Mais maman, le monde ne pourra le comprendre que si tu dis tout ici. Si tu fais entendre la voix des femmes. Il n’existe pas d’autre cause de viol que l’éducation qui nous sexualise. Il n’existe pas d’autre victime que celle qui dispose d’un vagin. Alors maman, ne laisse pas ma voix s’éteindre, mais ne les laisse pas non plus corriger tes propos. Tu me connais et tu sais ce que nous vivons. Que ta voix soit entendue et devienne un hymne.