L'hypnomanie : qu'y a-t-il derrière cette obsession du sommeil ?

15 août, 2020
Connaissez-vous l'hypnomanie ? Savez-vous qu'elle peut être à l'origine d'autres troubles mentaux ou d'autres troubles du sommeil ? En quoi se différencie-t-elle d'autres troubles semblables liés au sommeil ? Poursuivez votre lecture pour en savoir davantage.
 

Les troubles du sommeil sont fréquents dans la population ; l’insomnie est, plus concrètement, la plus fréquente. Environ un tiers de la population signale avoir des problèmes d’insomnie. Parmi les possibles causes, nous retrouvons l’hypnomanie ou obsession du sommeil, même si cela peut aussi être une conséquence qui dérive de l’insomnie elle-même. Nous verrons un peu plus tard comment se forme ce cercle vicieux.

Cette obsession vis-à-vis du sommeil peut être la cause d’autres troubles du sommeil, comme l’excessive somnolence diurne ou hypersomnie, et d’autres troubles mentaux, comme la dépression.

Tout au long de l’article, nous approfondirons ce trouble, ses symptômes, ses causes et ses traitements, ainsi que sa possible relation avec d’autres problèmes psychologiques et physiques.

Une femme souffrant d'hypnomanie.

Qu’est-ce que l’hypnomanie et comment la différencier d’autres troubles similaires

Le nom d’hypnomanie vient de l’union de deux mots latin : hipnos, qui signifie « sommeil » et mania, qui signifie « folie ». Ce terme fait référence au désir intense et incontrôlable de dormir, au besoin constant de dormir, jusqu’au point de devenir une obsession.

 

Ce désir peut être indépendant du nombre d’heures dormies et de la sensation de sommeil en se levant, même si, très souvent, il est bien lié à des problèmes comme l’insomnie. Il est important de différencier l’hypnomanie d’autres termes ressemblants, comme la clinomanie, la narcolepsie ou l’hypersomnie.

La clinomanie se réfère au désir ou à l’obsession de rester allongé constamment. Nous ne devons pas la confondre avec le classique “encore cinq minutes” qui suit la sonnerie du réveil. La clinomanie implique l’abandon absolu du reste des activités quotidiennes afin de pouvoir rester au lit, mais sans forcément dormir.

L’hypersomnie fait référence à la présence de somnolence excessive après avoir dormi suffisamment, au moins sept heures. Elle ne renvoie pas seulement à la quantité de sommeil : la personne qui en souffre peut aussi avoir du mal à rester totalement éveillée après son réveil.

La narcolepsie, de son côté, est un trouble organique (et non mental) dans lequel on retrouve un besoin irréfrénable de dormir. Elle s’accompagne de périodes de cataplexie où l’on perd subitement le tonus musculaire, où l’on voit une déficience d’hypocrétine (ou orexine) et une latence du sommeil REM réduit (inférieur ou égal à 15 minutes).

Causes et conséquences de l’hypnomanie

L’hypnomanie peut aussi bien être la cause que la conséquence d’autres troubles et peut même en cacher d’autres. L’insomnie peut être l’origine de l’hypnomanie car la réduction de la qualité et de la quantité de sommeil dérivent par un désir (ou obsession) de dormir davantage.

 

Alors, quel est le problème ? Cette obsession peut être la cause de l’insomnie. Un cercle vicieux se crée donc, dans lequel les deux facteurs se rétro-alimentent.

Dans le cas de l’hypersomnie, le fait de penser constamment au besoin de dormir (parce qu’on croit que l’on n’a pas assez dormi) peut faire apparaître la somnolence, même sans avoir sommeil. Cette somnolence peut nous empêcher de maintenir notre niveau d’alerte et, de cette façon, notre rendement en est très affecté.

Par ailleurs, nous pouvons faire face à un autre problème : aller au lit sans avoir sommeil nous conduira à passer des heures au lit en pensant que nous avons sommeil, mais sans réussir à nous endormir. Le résultat n’est autre que la sensation ou la croyance de souffrir d’insomnie.

“Ce n’est pas une petite chose que de savoir dormir : il faut savoir veiller tout le jour pour pouvoir bien dormir.”

-Friedrich Wilhelm Nietzsche-

En outre, l’hypnomanie peut dissimuler un problème plus grand. Les personnes qui souffrent de dépression peuvent passer la journée entière à penser au moment où elles iront se coucher. Il s’agit en effet du moment où la journée se finit et où elles peuvent cesser de penser et de souffrir.

Normalement, la dépression mélancolique s’accompagne de difficultés à trouver le sommeil et de réveils très tôt. Dans le cas de la dépression avec des caractéristiques atypiques, le problème de sommeil qui prédomine est l’hypersomnie.

Si l’on soupçonne une hypnomanie, il est nécessaire de vérifier que le reste des critères diagnostiques des troubles dépressifs ne s’appliquent pas, afin d’établir un bon diagnostic différentiel et de choisir le traitement le plus efficace possible.

 

Possibles traitements

Dans un premier temps, pour trouver un traitement adéquat, il faut faire une bonne évaluation pour vérifier que l’hypnomanie n’est pas la conséquence d’un problème plus grand. Il est par ailleurs nécessaire de faire une analyse fonctionnelle adéquate pour connaître les antécédents et les conséquences du problème.

Si, une fois l’évaluation faite, on en conclut que l’hypnomanie est liée à un trouble d’insomnie, différentes interventions pourront être réalisées pour traiter l’insomnie. Il est nécessaire d’intervenir sur cette dernière car elle peut être l’origine du problème. Ainsi, si l’on réussit à augmenter le nombre d’heures de sommeil ou sa qualité, on parviendra à réduire l’obsession du sommeil. Pour cela, on peut employer des :

  • Techniques de relaxation musculaire progressive ou entraînement autogène pour détendre le corps
  • Techniques de contrôle de stimuli : des instructions pour réduire les comportements incompatibles avec le sommeil et pour réguler les horaires
  • Normes d’hygiène de sommeil : des habitudes qui facilitent le sommeil
  • Une restriction du sommeil, pour limiter le nombre d’heures que l’on passe au lit, en veille
  • Intention paradoxaleon l’utilise beaucoup pour interrompre la préoccupation au sujet de l’insomnie

Quand l’hypnomanie est la cause et la conséquence de l’insomnie, cette dernière technique est d’une grande utilité. Dans ces cas, le fait de dormir peu ou mal génère la pensée “j’ai besoin de dormir davantage”, se transformant en une obsession. Cette obsession devient alors ce qui nous empêche de dormir normalement. Pour rompre ce cercle vicieux, on emploie l’intention paradoxale.

 

Cette technique consiste à demander à la personne de passer le plus de temps possible dans son lit, éveillée. En transformant, dans le cerveau, l’ordre “tu dois dormir” en “tu dois être réveillé”, le besoin de dormir cesse d’être une obsession et on arrête de lui prêter attention. La personne réussit alors à dormir.

Une femme qui fait une insomnie.

Comment notre cerveau nous trompe-t-il

La relation entre l’hypnomanie et l’insomnie est un exemple très clair de la façon dont notre cerveau nous sabote. S’inquiéter est une bonne chose et peut nous permettre de trouver la solution à un problème. Cependant, trop s’inquiéter peut aggraver ce problème. C’est comme si notre cerveau avait un “seuil d’inquiétude tolérable”. Quand nous le dépassons, nous perdons notre capacité à résoudre le problème, alors que la solution est à notre portée.

Nous accordons une si grande importance à cette préoccupation de dormir moins que la normale que nous finissons par transformer cela en trouble. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas s’inquiéter des habitudes de sommeil, mais qu’il faille s’en inquiéter de façon utile et constructive, en évitant que cette inquiétude ne nous ôte pas notre sommeil.

 

“Aucune chose de la vie n’est aussi importante que nous le pensons quand nous y pensons.”

-Daniel Kannehman-