Les traits psychologiques du fasciste selon Umberto Eco

· 1 avril 2019
Comment Umberto Eco définit-il le fascisme d'un point de vue psychologique ?

Umberto Eco a été l’un des penseurs qui a le plus approfondi certains phénomènes culturels. Il s’est par exemple intéressé à la façon dont le pouvoir façonne l’esprit des sociétés. L’une de ses réflexions l’a mené à établir les traits psychologiques du fasciste.

Ce sujet est très important car dans l’actualité, beaucoup de personnes et de secteurs défendent des valeurs apparemment très raisonnables mais, au fond, affichent les traits psychologiques du fasciste. Ces derniers sont très nocifs pour les personnes et les sociétés car ils promeuvent des relations sociales inégales et perverses.

Eco a mené une analyse très détaillée et en est arrivé à la conclusion suivante : le fascisme est, en réalité, une posture hypocrite et inconsistante qui s’infiltre habilement dans l’esprit des gens. Umberto Eco a signalé qu’il y avait 13 traits psychologiques du fasciste. Nous allons donc vous les détailler.

« L’Ur-fascisme est susceptible de revenir sous les apparences les plus innocentes. Notre devoir est de le démasquer, de montrer du doigt chacune de ses nouvelles formes – chaque jour, dans chaque partie du monde. »

-Umberto Eco-

Les trois cultes du fascisme

Selon Umberto Eco, il y a trois formes de culte qui sont présentes dans les traits psychologiques du fasciste. Le premier est le culte de la tradition, qui s’accompagne de références aux savoirs archaïques. Il s’agit de récupérer des connaissances ou des postulats qui sont déjà dépassés. C’est ce qui s’est passé, par exemple, avec certaines approches New Age qui parlent d’alchimie dans le sens archaïque du terme.

Le second culte pratiqué par les fascistes est le culte de l’héroïsme et de la mort. Ils exaltent beaucoup les actions osées et inculquent l’idée selon laquelle la mort n’est rien face à ces gestes héroïques. Ils justifient la mort au lieu de donner un sens à la vie.

Les fascistes rendent aussi un culte à l’action pour l’action. Pour eux, réfléchir est une perte de temps. Les intellectuels sont donc des lâches, tout comme les artistes, à moins que leurs œuvres promeuvent cette idée d’action.

traits psychologiques du fasciste

Rejets et exclusions

Les fascistes rejettent les valeurs sociales qui se sont consolidées avec la Modernité et l’Illustration. Ils pensent que les choses sont blanches ou noires et, par conséquent, il n’y a pas besoin de débattre à leur sujet ou de les aborder avec un sens critique. Les choses sont comme elles sont. Il n’y a rien à ajouter.

Le fascisme rejette donc aussi la pensée critique. Le désaccord est synonyme de trahison et toute personne pensant différemment est vue comme un dissident qui doit être réduit au silence. L’un des traits psychologiques du fasciste serait l’intolérance vis-à-vis de la différence.

Cela inclut l’idée de peur de la différence. Tout ce qui est différent est considéré comme un ennemi. Les fascistes entretiennent cette peur de l’ennemi, ils lui donnent des caractéristiques exagérées et le mettent du côté du mal, de l’inhumain. Ceux qui ne pensent pas comme eux ne doivent même pas être considérés comme des personnes. Et ils se montrent envieux face aux réussites ou qualités de ceux qui ne font pas partie de leur groupe. Cela vous semble exagéré ? N’est-ce pas ce que font certains supporters au football ?

Peurs et apologies

Un autre trait psychologique évident du fasciste est le nationalisme et la xénophobie. Ce type d’apologie et de rejet ne se manifeste pas seulement en lien avec le pays d’origine, mais aussi face à l’identité d’un groupe ou secteur déterminé. Ils mettent excessivement en avant les choses positives de leur groupe et rejettent tout ce qui est en-dehors de ce dernier.

Le fascisme est aussi élitiste. Il méprise les pauvres, qu’il considère comme des êtres de seconde classe. La richesse définit la valeur d’un être humain. Les fascistes rejettent toute forme de faiblesse et toute manifestation qui pourrait être interprétée comme un symptôme de vulnérabilité.

Par ailleurs, les fascistes s’appuient sur l’idée de genre pour faire de profondes discriminations. Auparavant, le machisme dominait mais, actuellement, cette intolérance est aussi observée dans certains secteurs du mouvement féministe et du mouvement LGBT.

Autres traits psychologiques du fasciste

Umberto Eco souligne le fait suivant : la principale destinataire des idées fascistes est la classe moyenne. Il s’agit d’un secteur socio-économique dynamique, dont la position n’est pas entièrement définie. Elle est donc plus perméable à la manipulation.

Un autre trait qui est présent dans le fascisme est l’exaltation de la guerre. Les fascistes sont antipacifistes, même s’ils ne se déclarent pas de cette façon. Ils pensent que la meilleure façon de résoudre les contradictions est la violence. Il faut « résoudre les choses une fois pour toutes ».

traits psychologiques du fasciste

Enfin, il existe un autre trait psychologique du fasciste qui est très subtil et intéressant. Il est lié à ce qu’Umberto Eco appelle la « néolangue ». Il s’agit d’un usage extrêmement élémentaire et pauvre de la langue car ce n’est qu’à travers cette pauvreté que l’on parvient à neutraliser la pensée complexe et critique.

Prendre le temps de penser aux personnes qui coïncident avec la description des traits psychologiques du fasciste peut être une bonne chose. Pourquoi ? Parce que cela nous sert à nous protéger de ces lignes de pensée totalitaire qui ont fait tellement de mal dans le passé et sont encore présentes dans l’actualité.

  • Bornhauser, N., & Lorca, D. (2019). Notas para una caracterización del fascismo. Ideas y valores, 68(169), 61-81.