L’éducation sociale pénitentiaire

8 avril 2019
Comment maintenir l'éducation sociale en prison ?

Il existe un certain débat sur l’éducation dans des contextes fermés comme les prisons et son efficacité. Est-ce une utopie ? Y a-t-il des résultats ? Même s’il existe toute sorte d’opinions à ce sujet, l’éducation sociale pénitentiaire, une branche spécifique de l’éducation sociale, peut répondre à ces questions.

Scarfó (2002) explique ainsi que l’éducation est la base de l’identité citoyenne : « celui qui ne reçoit pas ou ne fait pas usage de ce droit perd l’opportunité d’appartenir à la société, de participer de façon réelle et de devenir un citoyen qui se sert de ses droits et remplit ses devoirs pour que la société se développe ».

C’est de cette façon qu’est née la Résolution sur l’éducation dans les établissements pénitentiaires, approuvée au 5ème Congrès Mondial de l’Education (Berlin, Allemagne, juillet 2007). Cette résolution explique le besoin d’inclusion de thèmes sur l’éducation sociale dans les établissements pénitentiaires.

Dans le cas de l’éducation sociale pénitentiaire, l’éducation n’est pas seulement un défi. Il s’agit aussi d’un droit et d’un principe déontologique qui doit favoriser le développement de l’autonomie de chaque personne internée, malgré les barrières punitives.

éducation sociale pénitentiaire

 

Théories dans l’éducation sociale pénitentiaire

Sur le plan général, et pour comprendre les bases de cette branche de l’éducation sociale, nous allons vous exposer plusieurs approches et théories.

Théories psychopathologiques

Dans l’éducation sociale pénitentiaire, ces types de théorie interprètent l’acte délictuel à partir de facteurs psychopathologiques et biologiques individuels. Elles ont été très importantes dans l’histoire de la délinquance et dans le traitement pénitentiaire. Des auteurs comme Eysenck sont de grands exemples de ces modèles.

Par ailleurs, il est important de mentionner que d’autres auteurs, à partir de la branche de la psychologie sociale, apportent des points de vue qui ne prennent pas en compte que des facteurs individualistes de la personnalité.

Théories sociologiques

Ces théories impliquent des facteurs multidimensionnels et structuraux. Elles se basent sur l’idée suivante : les systèmes et les relations sociales, éducatives, culturelles ou familiales ont des composants qui ont une influence sur l’étiologie délictuelle. Nous retrouvons par exemple la théorie de l’inégalité des chances ou la théorie de déviation sociale.

Théories socio-éducatives

Le professeur Miguel Melendro explique qu’au cours du siècle passé, on a développé des approches et des modèles qui ont enrichi et amélioré de façon notable les méthodes d’intervention socio-éducative au sein de populations en situation de désavantage social.

Ainsi, quelques-unes des disciplines qui ont joué un rôle dans la formation des modèles socio-éducatifs dans l’éducation sociale pénitentiaire sont :

  • Principalement, les idées comportementalistes
  • Les approches dynamiques
  • Le constructivisme
  • La thérapie familiale systémique
  • Le modèle de compétences
  • La pédagogie populaire

Les programmes socio-éducatifs dans des contextes pénitentiaires

L’intervention pénitentiaire, selon Garrido et Gómez (1995), s’est traditionnellement centrée sur des modèles scientifiques et technologiques (inscrite dans les approches médicales comportementalistes, à travers lesquelles on recherche un alignement du sujet).

Ainsi, la recherche de comportements, à partir du traitement classique dans les prisons, a débouché sur la reproduction de schémas sociaux à partir d’une éducation qui n’a pas pris en compte des variables contextuelles ou socio-culturelles.

Les programmes les plus utilisés dans les prisons ont généralement été les programmes correctifs. Ils se sont centrés sur des modèles comportementaux de soutien ou de punition. Pour ceux qui les ont mis en place, il s’agit des meilleurs modèles possibles. Ils se regroupent en quatre catégories :

  • Modèle psychologique et psychanalytique
  • Modèle biologico-comportemental
  • Modèles factoriels
  • Modèles humanistes

Voici maintenant quelques modèles plus actuels, avec des visions plus humanistes :

Modèle participatif

Selon le modèle participatif, le traitement pénitentiaire doit bénéficier, pour cette action socio-éducative, de la participation de toute la communauté pénitentiaire, et surtout des personnes internées.

L’idée est que l’ensemble du processus se réalise, avec la volonté des prisonniers, pour suivre les programmes de traitement.

Modèle pour l’autonomie

Il s’agit de programmes éducatifs individualisés et groupaux.

Modèles de connaissance des personnes et des actions pédagogiques

Le consensus collectif du travail est ici très important. Le fait que les personnes apprécient ce qu’elle font est essentiel, tout comme la relation éducative entre le prisonnier et l’éducateur.

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Modèles pour la libération

À travers les modèles pour la libération, on considère que l’insertion rénove l’intervention pénitentiaire sur le plan professionnel et structurel. Ainsi, le défi consistant à transformer les espaces et les concepts pénitentiaires en possibilités de liberté est pris en compte.

Comme nous le voyons, l’éducation sociale pénitentiaire s’appuie sur de nombreux modèles alternatifs. Cependant, il semblerait que les modèles comportementaux et basés sur les facteurs individuels soient ceux qui règnent au moment de l’intervention pénitentiaire. Alors, le développement de ces autres modèles sera-t-il possible dans le futur ?

 

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