La science du langage tabou : les gros mots

27 juillet 2019
Quelle place ont les gros mots dans le langage ?

Les êtres humains ont une énorme capacité de communication. Nous sommes capables de partager des significations communes. Mais nous avons aussi un vocabulaire et une grammaire qui nous permettent d’être précis lors de la transmission du message que nous voulons transmettre. Mais dans le langage, il y a aussi une partie plus sombre ; nous parlons de ces injures qui, dans le discours populaire, sont appelés « gros mots ».

En ce sens, il semble que leur utilisation produirait une sorte de décharge émotionnelle (effet cathartique) et que cette décharge serait beaucoup plus puissante si nous le faisions dans notre langue maternelle.

gros mots

Qu’entendons-nous par tabou ?

Le tabou semble interdit. C’est une chose qui arrive mais qui ne fait pas partie des conversations, souvent à cause de l’ignorance, de la honte ou parce que c’est considéré comme inapproprié. Ou en tout cas peu approprié dans le cadre d’une culture donnée.

Ainsi, dans le monde occidental, les gros mots ont une mauvaise réputation. Nous les bannissons de notre langage si nous prétendons être éduqués et gentils. Ils seraient également davantage associés à un langage masculin que féminin. D’un autre côté, leur « mauvaise presse » serait associée dans une large mesure au fait qu’ils feraient allusion à un manque de contrôle émotionnel. Beaucoup pensent qu’ils ne sont employés que par ceux qui sont incapables de gérer leurs émotions à valence positive de manière beaucoup plus sophistiquée.

Or, l’utilisation de gros mots ne s’associe pas à la richesse lexicale d’une personne. En fait, dans une étude menée par Jay et Jay (2015), on a pu constater que les personnes ayant une plus grande facilité à produire une liste de mots avec une caractéristique commune étaient également en mesure de dresser une liste plus longue de mots injurieux.

Effets bénéfiques du langage tabou

Précisément, les effets bénéfiques des gros mots seraient précisément liés au dépassement de la norme. Mais de quels avantages parle-t-on ? Stephens et al. (2010) ont mené une étude très curieuse à cet égard. Ils ont divisé les volontaires en deux groupes. On a demandé aux deux groupes de se plonger les mains dans de l’eau glacée et d’essayer de tenir le plus possible.

Les groupes différaient par une seule variable : certains pouvaient dire des gros mots alors que d’autres ne pouvaient utiliser que des mots neutres. Pouvez-vous imaginer ce qui s’est passé ? Le groupe qui pouvait dire des gros mots a tenu deux fois plus longtemps.

Ce résultat serait compatible avec l’hypothèse stipulant que l’effet serait lié à la violation de la norme. Ainsi, rompre plusieurs fois avec la norme la ferait commencer à devenir moins standard. Et il serait donc également moins excitant de rompre avec elle.

gros mots

Une autre information qui cadrerait avec le dépassement de la norme est que l’expression de gros mots suscite une plus grande excitation, mesurée comme une réponse galvanique de la peau, si nous le faisons dans la langue maternelle. Cela cadre avec l’hypothèse, car on suppose que la culture maternelle ainsi que la langue maternelle sont celles que nous avons le plus intériorisées : le lieu où se trouverait notre partie la plus « primitive ».

 

Artículo de referencia

Cognitiva, C. (n.d.). Palabrotas, tacos y juramentos: La ciencia del lenguaje tabú | Ciencia Cognitiva. Retrieved October 12, 2018, from http://www.cienciacognitiva.org/?p=1703

Bibliografía

Jay, K. L., y Jay, T. B. (2015). Taboo word fluency and knowledge of slurs and general pejoratives:
Deconstructing the poverty-of-vocabulary myth. Language Sciences, 52, 251-259.

Stephens, R., y Umland, C. (2011). Swearing as a response to pain: Effect of daily swearing frequency. Journal of Pain, 12, 1274–1281.