La murderabilia, qu’est-ce que c’est ?

15 novembre 2019
Le commerce de la mort et la fascination pour les assassins en série ont suscité l'apparition d'une légion de fans et de collectionneurs d'objets liés à des événements tragiques. Nous vous invitons ici à découvrir la murderabilia.

Le nouveau film de Quentin Tarantino a réveillé l’intérêt pour les assassinats perpétrés par la secte de Charles Manson. Cet événement a ému tout Hollywood et continue, d’une certaine façon, de fasciner. Une infinité de théories sont apparues et, généralement, elles ont un dénominateur commun : une fascination écœurante pour les conditions de la mort de Sharon Tate. Nous faisons ici référence à un cas qui a fait exploser la murderabilia, concept qui constitue l’objet de cet article.

Heureusement, Tarantino transmet à l’écran toute la joie et le talent qui débordaient de l’actrice en présence de ses amis et dans son travail avant son assassinat. Tarantino arrive ainsi à faire en sorte que l’on se souvienne de la vitalité de cette actrice et non de sa mort tragique. Les doses de sang et de violence sont réservées à ceux qui les méritent (nous ne pouvons pas en dire plus).

Le commerce la mort et la fascination pour les assassins en série ont suscité l’apparition d’une légion de fans et de collectionneurs d’objets liés à des événements tragiques. C’est ce que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de murderabilia.

La murderabilia, qu’est-ce que c’est ?

Qu'est-ce que la murderabilia ?

Le terme murderabilia est une contraction des termes « souvenirs » (memoria, en latin) et « assassinat » (murder, en anglais). Ce concept désigne une pratique qui consiste à rassembler des objets étroitement liés à des assassins en série. Les documentaires et les fictions qui retracent la vie des assassins inondent nos écrans et fascinent les spectateurs. Certains en viennent même à adorer ces figures du crime.

Nombreuses sont les personnes qui sont fascinées par les événements macabres, par le côté sombre de l’être humain. Pour les familles des victimes ou les survivants, voir un vendeur acquérir des objets de la personne responsable de leur sentence est écœurant. Certes, nous vivons dans une société capitaliste,  mais il ne devrait pas être possible de pouvoir gagner de l’  grâce aux viols et aux assassinats.

Les vendeurs invoquent la liberté d’expression ou, plutôt, celle du marché. Pour eux, la vente de ces produits vise à satisfaire une demande. La conséquence de ce commerce est que ces assassins en série deviennent des stars. En revanche, les corps des personnes assassinées, notamment s’il y a eu viol et s’il s’agit d’une femme, seront toujours stigmatisés et en tête des histoires d’horreur pour une autre génération de jeunes.

Le contenu des assassins, un contenu médiocre

Les œuvres d’art des assassins et criminels américains les plus reconnus sont pourtant ordinaires et ennuyantes. Le manque de sensibilité artistique est manifeste. Ce manque artistique en dit plus sur nous-mêmes que sur eux. En tant qu’audience, nous ne sommes pas prêts pour la médiocrité des monstres. Pour nous, le travail réel perd de l’importance aux côtés de la légende.

Les peintures de John Wayne Gacy, par exemple, ne se vendraient sûrement pas dans un autre contexte. Personne n’achète une telle peinture pour la beauté de l’image. La murderabilia semble similaire à notre intérêt presque religieux pour les souvenirs liés à la mort ; des reliques aux saints jusqu’à l’horrible écho des exécutions publiques. La foule ne réclame pas seulement le corps du martyr ; elle convoite également le linceul sacré.

D’où provient la murderabilia ?

Ce type d’art et de collectionnisme peut représenter un « pont » potentiel entre « la personne ordinaire » et l’ « assassin infâme, insensible et antisocial ». L’art devient un outil de la conscience qui, en temps normal, est si fugace. À travers cet outil, on peut révéler le matériel réprimé, la noirceur de nos vies. En d’autres termes, l’art peut servir de miroir entre un artiste et un observateur.

Il est certain que cette théorie offre l’une des perspectives les plus prometteuses. Elle suppose que le contenu encapsulé ou mis à l’écart dans l’esprit d’un assassin peut être articulé de façon significative via un outil non violent.

Par ailleurs, l’art, le cinéma ou les documentaires nous mettent en contact avec ces crimes et avec la violence. Ils réveillent et, dans le même temps, assouvissent notre curiosité. La fascination pour ce type d’histoire au point d’en arriver à la murderabilia est un long parcours depuis la normalité du spectateur à une fascination personnelle pour un assassin ou un crime.

 

Pourquoi certaines personnes achètent des objets ayant appartenu à des assassins ?

Les objets des assassins pourraient simplement évoquer des associations positives dans l’esprit du collectionneur en le transportant dans un univers mental désirable. Chez ceux pour qui les informations sanglantes constituent une forme impersonnelle de divertissement, cette fascination pour les assassinats est alors compréhensible.

Un raisonnement essentialiste et des notions de contagion expliqueraient également ces achats. Les collectionneurs espèrent que les qualités qu’ils attribuent aux célébrités, bonnes ou mauvaises, d’une certaine manière puissent être acquises via l’acquisition de ces objets.

Enfin, l’achat de ces objets offre également une proximité plus spécifique avec la célébrité en question.

Qu’achètent les consommateurs de murderabilia ?

La perversion via des éléments extraits de la vie d’un assassin en série constitue le principal danger de cette fascination pour un assassin. Ces éléments peuvent aller de mèches de cheveux jusqu’à des œuvres d’art originales.

Parmi les objets les plus chers achetés par les passionnés de murderabilia figurent les enveloppes BTK, l’autographe d’Albert Fish, les photos des frères Kray, la carte de Noël de Ted Bundy, une mèche de cheveu de Charles Manson, le Ford Sedan d’Ed Gein et les illustrations de John Wayne Gacy.

Les articles qu’a laissés Ted Kaczynski lorsqu’il fut arrêté en 1996 sont inclus dans une vente aux enchères « haut de gamme ». Parmi les articles qui étaient en vente en ligne en 2011 figuraient le sweat-shirt à capuche de Kaczynski, les lunettes de soleil, la machine à écrire Smith Corona, la scie en bois, les cartes à sa tante Frida et son manifeste écrit à la main.

Bien que Ted Kaczynski, surnommé « unabomber », soit un assassin comme les autres, son intelligence brillante et les postulats de son manifeste attirent les collectionneurs, bien plus que les assassins en série cruels, maladroits et sanguinaires.

 

Un assassin surnommé unabomber

Les différences femmes et hommes

Les histoires de viols, d’enlèvements et d’assassinats attirent plus les femmes. Les hommes, lorsqu’ils ont le choix, préfèrent les histoires de guerre. Lorsque les crimes sont détaillés avec précision, ces histoires sont préférés à d’autres où les questions sont traitées de façon plus évasive.

Cela peut s’expliquer de la façon suivante : statistiquement les hommes sont plus enclins à être victimes de délits violents et les femmes ont plus peur d’êtres victimes de viol.

Par ailleurs, parmi les groupies des assassins en série, les femmes comptent beaucoup de femmes. Certains chercheurs estiment que les obsessions féminines qui incluent des hommes atrocement violents peuvent constituer une stratégie évolutive anachronique. Dans notre passé ancestral, on associait la violence aux mâles les plus valorisés.

Il existerait une autre théorie. Une femme serait attirée par un homme incapable de soigner ses propres blessures liées à l’enfance. Elle se montre alors comme la personne idéale pour « affronter la bête féroce » et soigner « l’enfant maltraité ».