Garde alternée ou individuelle : l'impact sur les mineurs

13 juin, 2020
Garde alternée ou garde individuelle ? Les parents en instance de divorce ne souhaitent généralement pas se partager la garde des enfants. Que nous disent les recherches dans les deux cas de figure ? 

Le divorce fait partie des événements capables de générer un bon nombre d’émotions de manière simultanée. Dans ce contexte, la psychologie juridique prête une attention spéciale aux membres les plus vulnérables, à savoir les mineurs. Lorsqu’un couple met fin à sa relation, nombreuses sont les questions qui surgissent au sujet des enfants… Où vivront-ils ? La garde doit-elle être alternée ou individuelle ? À quelle fréquence les enfants doivent visiter leurs deux parents ?

Bien que les conditions ne le permettent pas toujours, il y a généralement deux cas de figure pour les enfants. Si la garde alternée est possible, est-ce la meilleure option pour le bien-être de l’enfant ? La garde individuelle a-t-elle un impact négatif sur l’enfant ? L’un de ces deux cas de figure garantit-il son bien-être ?

Un enfant en garde alternée

Que dit la littérature scientifique sur la garde alternée et la garde individuelle ?

Tejeiro et Gómez (2011) ont réalisé une méta-analyse intitulée Divorcio, custodia y bienestar del menor: una revisión de las investigaciones en Psicología. Leur conclusion est celle à laquelle la communauté scientifique s’attendait : le type de garde (alternée ou individuelle) a un impact différent sur le mineur.

Les deux auteurs réaffirment les propos de Bauserman (2002) qui avait sélectionné 33 études avec les meilleurs attributs paramétriques : les enfants en garde alternée s’ “adaptent” mieux que ceux en garde individuelle. La recherche se trouve dans la bibliographie de cet article.

Voici quelques-unes des différences observées lors de ces différentes méta-analyses :

  • Une plus grande implication des parents en garde alternée
  • Moins de cas de dépression en garde alternée
  • Plus de problèmes d’ajustement émotionnel en garde individuelle
  • Moins de rivalité fraternelle et une meilleure estime de soi en garde alternée
  • Une plus grande tendance à se sentir rejeté par l’un des parents en garde individuelle
  • Une meilleure image de soi et de meilleures relations en garde alternée

Néanmoins, d’autres révisions montrent que le type de garde n’a aucun impact sur la santé émotionnelle des enfants.

Les effets de la garde alternée sur la famille

La garde alternée semble bénéfique non seulement pour les enfants, mais aussi pour les parents divorcés. C’est ce que nous dit Marín Rullán (2015) qui observe qu’un faible niveau de discorde et un niveau élevé de communication génèrent un modèle coopératif grâce auquel le niveau de satisfaction des parents est plus élevé.

Les conflits entre parents est sans doute le facteur qui a le plus grand impact négatif sur les enfants. Une grande partie du bien-être des mineurs repose sur la capacité des deux parents à bien s’entendre. Si la garde alternée est sans doute la meilleure option pour les mineurs, elle permet aussi souvent aux parents de réapprendre à communiquer. Tejeiro et Gómez qui ont considéré cette variable dans leur méta-analyse ont également conclu que la garde alternée diminuait le niveau de conflit entre les parents.

Parmi les autres doutes quant à la garde alternée figure l’inquiétude liée à l’obligation de voir son ex-compagnon tous les certains temps et de ne pas parvenir, à cause de cela, à soigner les blessures ouvertes. Les études suggèrent qu’il s’agit essentiellement d’une crainte qui n’a pas lieu d’être. Par ailleurs, Pearson et Thoennes (1990) qui ont mesuré le niveau de distanciation des parents montrent que ce niveau tend a augmenter au bout de deux ans, quel que soit le type de garde.

Que se passe-t-il pour ces familles 12 ans après ?

C’est la question que se sont posés Emery, Laumann, Waldron, Sbarra et Dillon (2001) pour les deux cas de figure.

L’une de leurs conclusions est que dans les familles qui ont opté pour la garde individuelle, il y a plus de conflits entre les parents. La conclusion la plus marquante est que les parents des enfants en garde individuelle sont très peu impliqués dans la vie de l’autre.

Aussi, ces chercheurs ont constaté que les parents qui se partagent la garde ont tendance à procéder à plus de changements dans leurs vies, et par conséquent dans la vie de l’enfant. Toutefois, ces changements ne génèrent pas plus de conflits entre les parents, car ils font preuve de flexibilité et de coopération.

L’impact de l’ “ajustement” sur le mineur

Dans sa méta-analyse Child Adjustment in Joint-Custody Versus Sole-Custoy Arrangements: A Meta-Analytic Review, Bauserman mesure les différents niveaux d’ajustement :

  • Ajustement comportemental (troubles du comportement)
  • Ajustement émotionnel (dépression, anxiété, problèmes de contrôle, image de soi…)
  • Estime de soi
  • Relations familiales et parentales
  • Rendement académique

Les différents niveaux étant meilleurs chez les mineurs en garde alternée que ceux en garde individuelle, la conclusion est donc la suivante : la garde alternée aurait un meilleur impact sur le mineur que la garde individuelle.

Une petite fille pensant à la garde alternée

La garde alternée, une garde à la fois complexe et bénéfique

Après un processus compliqué qui généralement affecte énormément les personnes impliquées, la garde alternée n’est généralement pas l’option souhaitée. Même si les parents souhaitent préserver le bien-être de l’enfant et lui offrir une vie la plus “normale” possible, ils ne savent généralement pas comment gérer la garde alternée.

En ce qui concerne cette difficulté, Marín Rullán semble avoir les idées claires. Selon lui, quatre facteurs déterminent la réussite ou l’échec de la garde alternée. Ce sont les suivants :

  • Engagement et implication au-delà de la décision de justice
  • Soutien entre les parents (implication active et séparée des parents, respect du lien entre le mineur et l’autre parent…)
  • Répartition flexible des responsabilités
  • Caractéristiques psychologiques (les comportements coopératifs tendant à se manifester chez des personnes peu narcissiques, empathiques, peu vulnérables, généreuses et dont les comportements parentaux sont positifs)

Au vu des conclusions obtenues sur chaque type de garde et de l’expérience des parents et des mineurs impliqués, plutôt que de se demander quel type de garde est la meilleure option, il faut se demander comment les parents peuvent acquérir les compétences nécessaires pour que le garde alternée se passe bien ?

 

  • Bauserman, R. (2002) Child Adjustment in Joint-Custody Versus Sole-Custody Arrangements: A Meta-Analytic Review. Journal of Family Psychology, 16(1), 91-102.
  • Emery, R., Laumann, L., Waldron, M., Sbarra, D. & Dillon, P. (2001). Child Custody Mediation and Litigation: Custody, Contact, and Coparenting 12 Years After Initial Dispute Resolution. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 69(2), 323-332.
  • Marín Rullán, M. (2015). La influencia de las actitudes parentales sobre el bienestar del menor y la elección preferente de la custodia compartida: una disertación. Psicopatología Clínica, Legal y Forense, 15, 73-89.
  • Tejeiro, R. y Gómez, J. (2011) Divorcio, custodia y bienestar del menor: una revisión de las investigaciones en Psicología. Apuntes de Psicología, 29(3), 425-434.