Si être différente est un crime, alors je me passerai les menottes moi-même

24, février 2017 dans Psychologie 1359 Partagés

Il ne devrait pas être mal vu d’être une femme et de jouir de la liberté d’être soi-même, différente et authentique. Etre heureuse avec ou sans compagnon/compagne, avoir un fort caractère, faire des folies saines qui reflètent notre joie de vivre, tout cela ne devrait pas être objet de critiques. C’est pourquoi «si être différente est un crime, alors je me passerai les menottes moi-même».

On dit que pour affronter la vie, il nous faut passer outre les barrières défensives. Or, que se passe-t-il lorsqu’on a déjà surmonté ses peurs et ses craintes et que ce sont les autres qui osent nous limiter et nous freiner ? Une chose ne devrait pas être différente de l’autre. Le développement personnel, celui qui nous permet d’être libres et authentiques, implique une certaine force psychologique et émotionnelle afin de cesser d’être perméable face aux obstacles autour de nous.

Yves Pélicer, médecin et psychiatre de l’hôpital Necker à Paris, est connu pour ces livres de psychiatrie destinés au grand public, très faciles à comprendre et très didactiques. Son approche défend toujours un même principe : la psychologie doit nous redonner la dignité d’être des êtres humains uniques et différents. Il n’y a que lorsque l’on se permet à nous-mêmes d’être qui nous voulons vraiment être et que l’on en accepte autant pour les autres que l’on peut être heureux-se.

C’est pourquoi le fait d’être différente – dans un monde où le modèle de femme est presque toujours aussi homogène et restrictif – représente sans aucun doute un défi personnel. Lisez la suite de cet article, et réfléchissez à cela.

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La complexe aventure que représente le fait d’être soi-même

Dans la majorité des approches psychologiques, on nous apprend la valeur et le besoin d’être toujours «soi-même». Or, il est nécessaire d’affiner un peu plus cette idée. Le fait «d’être soi-même» n’inclut pas de caractéristiques temporelles ou accidentelles. Ainsi, si mon compagnon/ma compagne m’a laissé-e, cela ne veut pas dire que je suis «une personne qui ne mérite pas d’être aimée» ; de la même façon, si je suis au chômage, je ne dois pas en conclure pour autant que je suis «nul-le».

L’acceptation de soi n’a rien à voir avec ce type de faits fortuits, ni ne suppose d’accepter ce que les autres disent, pensent ou attendent de nous. Etre soi-même, c’est réussir à conjuguer notre identité et notre essence, à les tisser ensemble afin de pouvoir chaque jour prendre notre envol. Afin d’être fidèle à chacune de nos tonalités et de nos forces et d’essayer, à notre tour, d’être meilleur-e-s à mesure que l’on avance dans la vie.

Or, ce processus d’intégration et de construction du Moi suppose aussi de se poser et de consacrer du temps à un seul but : savoir réellement qui nous sommes. Outre le fait d’être une des questions philosophiques des plus classiques, derrière cette interrogation se cache un véritable aspect vital.

Savoir qui nous sommes, cela implique pour nous de découvrir si la vie que nous menons est en harmonie avec notre identité. Si je suis une personne positive, curieuse et pleine de rêves, je ne peux pas être aux côtés de quelqu’un qui ne sait que détruire mes illusions.


Parfois, en prenant conscience de qui vous êtes, vous vous rendez compte que rien de ce qui vous entoure ne cadre avec votre être véritable…


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Etre différente, imparfaite, libre et heureuse

Etre différente dans une société où on attend que la majorité des femmes soient les mêmes, ce n’est pas facile ; nous le signalions au début de cet article. En laissant de côté l’ombre du patriarcat que l’on connaît déjà, dans la majorité des cas marqués par la modernité, un autre type de réalités se donne à voir.

La femme d’aujourd’hui est obligée d’atteindre un certain niveau dans tous les domaines de sa vie : la perfection. On attend d’elle qu’elle atteigne le succès professionnel, mais qu’à un moment donné, elle devienne mère. Et pas n’importe quelle mère ; elle doit être une «super maman», capable de tout gérer en même temps, ce qui revient donc à mener sa vie professionnelle, entretenir son foyer, préserver sa relation de couple, s’occuper de sa famille, accorder du temps à ses ami-e-s, et en plus, avoir un corps parfait.

Sans oublier, puisqu’il ne pourrait pas en être autrement, de tout faire pour éduquer ses enfants de la même façon afin qu’iels soient tou-te-s capables de lire et écrire à 5 ans.

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Bien évidemment, tout cela peut être positif. D’ailleurs, certaines femmes arriveront à atteindre tous ces buts. Mais derrière tout cela se cache également une exigence trop importante, qui s’ajoute à cette norme implicite stipulant que toutes les femmes doivent être les mêmes. On pointe alors du doigt la mère célibataire, la femme qui est heureuse avec ses kilos en trop et que l’on accuse alors de se laisser aller et de ne pas suffisamment prendre soin d’elle, celle qui réussit dans son travail et qui ne désire pas être mère, ou encore celle qui donne le sein à son bébé en public.

En fait, être différente, c’est tout simplement avoir le courage d’être normale. Car être normale, c’est précisément être soi-même dans chacun de nos actes et chacune de nos décisions. En revanche, ce qui ne cadrera jamais avec la normalité, c’est par exemple le fait de se laisser porter par des schémas qui ne nous appartiennent pas, par des stéréotypes et par ce que les autres établissent comme probable, motivés par leur soif de contrôler la vie des autres.

Etre imparfaite et éprouver du plaisir à l’être dans un monde qui aspire à une fausse perfection, c’est sans doute ce qu’il y a de plus sain. Car il n’y a rien de mieux que de profiter chaque jour de la liberté d’être soi-même sans peur, rompant chaque chaîne sur notre passage qui tenterait de nous maintenir attachée.

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