Cultiver un potager pendant la pandémie, plus qu'une mode

20 mai, 2020
Pendant ces jours de confinement, beaucoup de gens redécouvrent le plaisir de cultiver, de voir pousser des semis dans de petits pots. Prendre soin de ces plantes et les voir nous offrir des fruits nourrit également notre espoir.

C’est une image courante ces derniers jours. De nombreuses personnes se sont lancées dans la culture d’un potager pendant la pandémie.

Maintenant, sur les terrasses, les balcons, les galeries ou les fenêtres, se trouvent des pots avec des semis où poussent timidement des petites plantes. Des plantes qui, avec nos soins, notre intérêt et notre patience, donneront un légume comestible dans les mois à venir.

Pour beaucoup, ce n’est guère plus qu’une mode. Les réseaux sociaux sont remplis d’images de personnes, anonymes ou célèbres, qui ont commencé à montrer leurs petites cultures locales. Ces photos reçoivent des milliers de likes. Elles nous montrent comment on peut créer un potager biologique avec de petites serres, en compensant le manque d’espace par la créativité et le soin.

Toutefois, pour les experts, ce n’est pas une question de mode. Il ne s’agit pas non plus d’une tentative de se consacrer à quelque chose de créatif pendant nos jours de confinement obligatoire lors de la crise sanitaire due au coronavirus. En réalité, cet exercice ou ce passe-temps est aussi une réaction de notre part pour revenir à la chose la plus primaire. Au contact avec la terre. A quelque chose de traditionnellement fondamental pour l’être humain.

Ce n’est pas que nous craignions de manquer de nourriture à un moment. Ce n’est pas non plus une tentative désespérée d’être autosuffisant, de faire pousser de l’ail et des tomates sur le balcon de notre maison en cas de pénurie. C’est un retour à la nature en temps de crise pour retrouver le calme, pour se connecter à quelque chose d’aussi primaire que rassurant.

Des plantes dans un potager

Cultiver un potager pendant la pandémie, le retour à la terre

Le poète Rabindranath Tagore disait que nous avons l’habitude de maltraiter la terre et qu’elle nous offre des fleurs en réponse. C’est probablement vrai.

Cependant, ce qui frappe un grand nombre de personnes de nos jours, c’est l’intérêt qu’elles ont à y retourner, à entrer en contact avec ce sol créatif qui nous nourrit, qui nous protège et qui, en fin de compte, nous donne la vie.

Soudain, avoir le temps et être contraint de suivre un rythme plus tranquille, plus intime, souvent tourné vers l’introspection, nous a rendu à nouveau curieux de la terre et de voir pousser les semis, les fleurs, les fruits…

Cultiver un potager à la maison pendant la pandémie n’est pas un simple caprice pendant ces jours de confinement. Nombreux sont ceux qui tirent des avantages inhabituels de ce travail.

Le jardinage comme moyen de se connecter avec soi-même

Pendant le confinement, nous cherchons tous des espaces. Des espaces pour se sentir bien, pour réfléchir, pour trouver le calme dans un monde qui souffre, qui change vite.

Nous survivons du mieux que nous pouvons, mais nous découvrons aussi des choses. Beaucoup créent, d’autres se reposent juste pour guérir, pour calmer leur anxiété. Et d’autres ont choisi de consacrer des heures au jardinage.

Il est intéressant de savoir que cultiver un potager chez soi pendant la pandémie est un exercice qui a un effet positif sur notre santé mentale.

Jennifer Akinson, professeure à l’université de Washington, explique dans son travail de recherche Nature, Fantasy, and Everyday Practice que cultiver un potager ou un jardin nous aide à gérer le stress, nous permet de penser à des alternatives aux problèmes et favorise également un lien avec nous-mêmes.

Cultiver un potager n’est pas une question de peur, mais de contact avec la terre et la voir germer

Comme nous l’avons souligné au début, cultiver un potager pendant la pandémie n’est pas un comportement que nous générons en réponse à la peur. Nous n’avons pas peur de manquer de provisions.

Toutefois, il convient de noter qu’en temps de crise et de difficultés, cette pratique était courante. Et qu’il nous reste peut-être cette petite faille instinctive.

Maintenant, au-delà de la question de savoir si on le fait par nécessité ou non, il y a quelque chose d’indéniable. Semer des graines, les regarder pousser et récolter ensuite un fruit ou un légume est l’un des exercices les plus gratifiants pour l’être humain. Il en a toujours été ainsi. Avoir un contact avec la terre nous ramène à la chose la plus primaire et cela nous donne du plaisir.

Il y a un sentiment d’espoir en voyant comment les graines poussent, comment le fruit apparaît et finalement, pend de la plante en attendant d’être cueilli.

Des tomates en train de mûrir dans un potager

Cultiver un potager à la maison, une alternative aux appareils électroniques

Cultiver un potager chez soi pendant la pandémie est une pause pour le cerveau. Pendant ce confinement, la technologie est notre alliée, c’est une preuve. Grâce à elle, nous sommes en contact avec nos amis, notre famille et nos collègues.

Les écrans de nos téléphones portables et ordinateurs remplissent nos heures et créent des ponts avec ceux qui sont loin. Cependant, il nous arrive souvent une chose : lorsque nous raccrochons le téléphone ou que nous mettons fin à cet appel vidéo, nous ressentons un vide.

Ce vide inexplicable peut être comblé par le jardinage et ces petits jardins de terrasse ou de balcon. Cultiver, c’est créer, c’est entrer en contact avec la terre, c’est apprendre à soigner et à être patient.

Les jours passent plus vite en voyant comment cette plante pousse et déploie ses feuilles, ses petits fruits… On ne perd rien à essayer, à s’immerger dans cette pratique ancestrale qui va souvent bien au-delà de se nourrir.

  • Atkinson, Jennifer (2002) Gardenland. Nature, Fantasy, and Everyday Practice. New York. Criticism