Connaissez-vous le syndrome de Wernicke-Korsakoff ?

17 novembre 2017 dans Psychologie 0 Partagés
syndrome de Wernicke-Korsakoff

La consommation excessive d’alcool provoque des troubles aigus ou chroniques du système nerveux central, notamment du cerveau, à l’instar du syndrome de Wernicke-Korsakoff. Cependant, ces connaissances n’ont fait l’objet d’une systématisation qu’à partir du XIXe siècle. Nous ne connaissons toujours pas actuellement les mécanismes par lesquels l’alcool produit les syndromes cérébraux associés à sa consommation.

Il été traditionnellement considéré que la psychopathologie de l’alcool n’était autre que la conséquence de l’action directe et exclusive de cette substance sur le système nerveux central. Néanmoins, avec le temps, les répercussions de la malnutrition associée à une consommation excessive d’alcool se sont révélées décisives dans les manifestations de certains de ces troubles. Nous verrons à continuation l’un des troubles les plus connus résultant de la consommation excessive d’alcool : le syndrome de Wernicke-Korsakoff.

syndrome de Wernicke-Korsakoff

Le syndrome de Wernicke-Korsakoff

L’encéphalopathie de Wernicke et le syndrome de Korsakoff sont des troubles distincts, mais qui se manifestent souvent ensemble. Lorsque cela se produit, nous parlons du syndrome de Wernicke-Korsakoff. Comme nous le verrons plus loin, l’une des causes de ce dernier est la carence en thiamine (vitamine B).

Le manque de vitamine B est commun chez les personnes alcooliques, mais n’est pas exclusif de ces dernières. Ceci est également fréquent chez les personnes dont le corps n’absorbe pas correctement les aliments (malabsorption). Cela peut parfois être le résultat d’une maladie chronique ou d’une intervention chirurgicale pour obésité.

Le syndrome ou psychose de Korsakoff tend à se développer lorsque les symptômes du syndrome de Wernicke disparaissent. L’encéphalopathie de Wernicke provoque des lésions cérébrales dans les parties inférieures du cerveau, le thalamus et l’hypothalamus. La psychose de Korsakoff résulte de dommages permanents dans les régions du cerveau impliquées dans la mémoire. Nous allons examiner séparément l’encéphalopathie de Wernicke et le syndrome amnésique de Korsakoff afin de mieux comprendre de quoi il s’agit.

syndrome de Wernicke-Korsakoff

L’encéphalopathie de Wernicke

Elle a été décrite pour la première fois par Wernicke en 1885. Elle se manifeste chez les alcooliques chroniques ayant une mauvaise nutrition. L’encéphalopathie de Wernicke produit des lésions symétriques des structures cérébrales entourant le troisième ventricule, l’aqueduc et le quatrième ventricule.

Plus précisément, ces structures sont les corps mamillaires, le thalamus dorsolatéral, le locus coeruleus, la substance grise périaqueducale, le noyau oculaire moteur et le noyau vestibulaire. De même, des lésions cérébelleuses, consistant en une perte sélective des neurones de Purkinje, ont été constatées dans 50% des cas. Le signe neurologique le plus typique de cette encéphalopathie est peut-être l’atrophie des corps mamillaires, qui survient dans environ 80% des cas.

Les symptômes de l’encéphalopathie de Wernicke

Cliniquement, nous observons que ces patient-e-s sont désorienté-e-s et manquent d’attention. Beaucoup d’entre elleux présentent une diminution des niveaux de conscience et, en l’absence de traitement, ceci peut se traduire par la torpeur, le coma et la mort.

Une autre symptomatologie associée est mise en évidence : le nystagmus (mouvement involontaire répétitif et rapide des yeux), l’ataxie (difficulté de coordonner les mouvements) et l’ophtalmoplégie (incapacité à faire bouger volontairement le globe oculaire), avec des lésions dans les noyaux oculomoteurs, abducens et vestibulaire.

oeil bleu

Les causes de l’encéphalopathie de Wernicke

Son étiologie est due à l’absence de thiamine ou de vitamine B, comme nous l’avons dit précédemment. Ce déficit en thiamine est fréquent chez les personnes qui consomment régulièrement de l’alcool et pour celles ayant développé une certaine dépendance. Les carences en vitamine B chez les alcooliques sont le résultat d’une combinaison de malnutrition, d’absorption gastro-intestinale réduite de ladite vitamine ainsi que de la diminution de son stockage hépatique et de son utilisation. Ces derniers facteurs sont induits par la consommation chronique d’alcool.

Les carences dans les processus de la vitamine B pourraient avoir une origine génétique ou acquise. Ces différences pourraient expliquer le fait que tous les alcooliques ne développent pas cette encéphalopathie.

Le syndrome amnésique de Korsakoff

Ce syndrome se caractérise par une forte détérioration des fonctions de la mémoire antérograde et de la mémoire rétrograde (incapacité d’apprendre de nouvelles choses et de se souvenir des anciennes). Il est également caractérisé par l’apathie. D’autre part, les capacités sensorielles ainsi que d’autres capacités intellectuelles sont souvent préservées.

Le syndrome amnésique de Korsakoff peut être lié à l’encéphalopathie de Wernicke, ce qui a été mis en évidence chez 80% des sujets qui se sont rétablis de ladite encéphalopathie. Cependant, l’amnésie de Korsakoff a été observée chez des individus qui n’avaient jamais eu d’encéphalopathie de Wernicke.

Il n’est pas habituel que des personnes non alcooliques, mais qui ont eu une encéphalopathie, présentent le syndrome de Korsakoff. Ceci tend à montrer que la neurotoxicité induite par l’alcool est une la cause importante de l’apparition du syndrome de Korsakoff.

Les altérations résultant du syndrome de Korsakoff

Les neurones les plus affectés par l’action neurotoxique sont les neurones cholinergiques du complexe basal, neurones qui s’en trouvent réduites chez les patient-e-s atteints du syndrome de Korsakoff. Les carences en thiamine peuvent entraîner la perte de neurotransmetteurs, en particulier des neurones qui sont liées à l’acétylcholine. Ainsi, cette carence contribue en outre à la perte de mémoire .

Les lésions des corps mamillaires, du thalamus , du thalamus dorsolatéral et du thalamus antérieur peuvent également provoquer de graves déficits de la mémoire. Comme nous l’avons vu précédemment, la distinction entre le syndrome de Korsakoff et l’encéphalopathie de Wernicke n’est pas nécessairement claire et précise. Du point de vue pathologique, il existe un chevauchement des zones affectées dans les deux syndromes.

En raison de ce manque de démarcation claire entre les deux maladies, plusieurs auteur-trice-s ont proposé d’utiliser le terme syndrome de Wernicke-Korsakoff, lequel décrirait les deux syndromes.

Références bibliographiques

Belloch, A., Sandin, B. et Ramos, F. Manuel de psychopathologie. Édition révisée . Mc Graw Hill. Madrid


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