Le chaos sexuel, ou le fléau actuel

· 24 janvier 2017

La sexualité est l’un des aspects qui conditionne et qui enrichit le plus nos vies. Tout au long de l’histoire, elle a été réprimée, sanctionnée, libérée, critiquée et même manipulée. En ce sens, nous sommes maintenant passé-e-s à une société hypersexualisée et hypocrite dans sa propagande : nous sommes continuellement entouré-e-s de contenu sexuel mais quand arrive le moment de vérité, les statistiques disent que l’insatisfaction est la principale protagoniste.


« Il y a autant de sexualités que de personnes dans le monde. Il en est de même pour les sensibilités. »

-Kevin Johansen-


Les performances sexuelles nous sont présentées comme la variable déterminante qui nous rendra plus heureux-ses. Il existe de plus en plus de réseaux et d’applications pour connaître des gens, jamais cela n’avait été aussi facile. Accumuler des rencontres sexuelles, raconter nos derniers exploits en détail et balayer celui/celle qui ne nous satisfait pas lors de la première fois a cessé d’être une exception pour se convertir en norme.

Pourquoi n’arrivons-nous donc pas à être satisfait-e-s alors que nous avons une si grande variété de possibilités à notre portée ? La superficialité et la facilité avec lesquelles on nous présente le monde sexuel et amoureux font partie du problème. Les relations se basent chaque fois plus sur deux aspects : l’indifférence et l’absence de limites. C’est pour cette raison que nous nous sommes transformé-e-s en automates qui faisons l’expérience du « sexe sans sexe » et tout cela nous pousse à chercher des changements dans les rôles et identités sexuelles, comme une tentative désespérée de mettre de l’ordre à ce vide chaotique.


« Il ne s’agit pas de renoncer au sexe, je suis loin de plaider pour le puritanisme, mais bien de transformer la relation que nous avons avec lui. Essayons de le porter au-delà du simple fait d’être un acte biologique qui répond à des pulsions méconnues… »

-Frida Kahlo-


Sexualité mécanique

La génération de jeunes actuelle est moins active sexuellement que celle de toutes les époques précédentes. Comment ce paradoxe peut-il être possible ? Nous avons assisté à une perte d’attractivité et d’intérêt sexuel soutenu en raison de l’exposition excessive et continue au sexe. Nous sommes arrivé-e-s à saturation. Cela nous mène à une destruction de la qualité des relations sexuelles, à l’incapacité naturelle d’aimer et de se lier aux autres.

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Il y a une peste émotionnelle, une nécessité de contrôle constant et une peur face à l’excitation et au plaisir réel. Les femmes parlent d’incapacité à ressentir du désir sexuel et une femme sur trois souffre d’anorgasmie. Les hommes connaissent des problèmes d’endurance sexuelle et le nombre d’éjaculateurs précoces augmente.


« Le sexe sans amour soulage seulement l’abîme qui existe entre deux être humains de façon momentanée. »

-Erich Fromm-


Qu’y a-t-il au fond de tout cela ? Une idéologie autoritaire et mercantile. Les idéologies s’ancrent dans les personnes, nous sommes une masse soumise face au systèmeNous transformons l’autre en simple marchandise, en un chiffre de plus, en un produit échangeable. Avant, se vendre était la pire chose ; désormais, la pire chose est de se vendre à prix bas, c’est-à-dire que dans l’actualité, la chose impardonnable est de ne pas faire partie du marché de l’offre et de la demande sexuelle. On est puni-e-s pour ne pas mettre aux enchères notre côté désirable, pour ne pas entrer dans le jeu de recherche du meilleur enchérisseur.

Nous avons confondu la valeur et le prix. Comment ? En reléguant au second plan nos principes et nos valeurs et en étiquetant les personnes en fonction de certains critères, comme leur image ou leur pouvoir d’achat. Nous avons besoin d’étiqueter pour nous sentir sûr-e-s de nous, nous avons tendance à mal tolérer l’incertitude et les frustrations et c’est pour cela que nous préférons sélectionner les autres sur la base d’adjectifs frivoles qui simplifient et réduisent l’éventail de possibilités.

Nous cherchons à assouvir nos caprices au nom de « Carpe Diem » et nous évitons constamment l’angoisse à travers la recherche du plaisir. Avec ce prétexte, nous réduisons le processus de choix à deux options : j’aime ou je n’aime pas, et d’un rapide mouvement de doigt sur notre écran nous passons au produit suivant.

Un conformisme aux effets anesthésiques

L’apparence du choix quand on fait partie du troupeau, le manque de conscience critique et de responsabilité face à soi-même et face à l’autre nous mènent directement vers une perte de la personnalité. Nous faisons passer le mimétisme social avant notre propre liberté pour pouvoir faire partie du cirque. Nous avons besoin d’être avec quelqu’un et peu importe le prix à payer.

Nous disparaissons au milieu des gens, nous choisissons d’être un-e de plus afin de ne pas nous sentir seul-e-s. Nous avons monté une fête costumée où personne ne montre ses sentiments véritables et ce conformisme nous conduit à accepter des relations qui ne nous comblent pas, voire à céder et à faire des choses dont nous n’avons pas vraiment envie ou que nous ne sommes pas sûr-e-s de vouloir faire.


« La récompense de la conformité consiste à plaire à tout le monde, sauf à vous-même. »

-Rita Mae Brown-


Nous avons peur de la liberté. La liberté individuelle suppose d’avoir la capacité de se détacher et de choisir si nous voulons prendre de la distance par rapport à l’autre et éviter de dépendre de lui, c’est-à-dire que la liberté individuelle nous tire du conformisme et nous oblige à être responsables de nos choix, elle nous pousse à choisir selon nos propres critères et à nous connaître.

Cesser de placer la responsabilité chez les autres est un acte de courage. Identifier nos erreurs et nos distorsions aide à prendre conscience des véritables actions et décisions. Le manque d’entendement de soi-même et la peur d’écouter ce qui résonne en nous ne sert qu’à maquiller la réalité et à être complices d’une souffrance silencieuse au niveau social. Commençons à mettre de l’ordre dans notre propre chaos.

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L’authenticité, la pièce clé

Nous vivons au siècle de l’individualisme. Comment l’affronter ? Nous connecter avec notre manière d’être réelle et avec nos sentiments, c’est le premier pas. Faire face à nos lumières et à nos ombres nous permettra de nous lier aux autres d’une manière plus authentique et de vivre une sexualité saine et satisfaisante.

La sexualité nous permet de communiquer nos émotions et nos passions les plus intimes, c’est une source de plaisir qui peut s’exprimer de multiples façons. L’interaction entre plusieurs facteurs a une influence sur elle : les facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et éthiques, et c’est précisément à travers sa complexité que nous pouvons montrer notre manière d’être la plus authentique.

L’une des caractéristiques de la sexualité est la capacité de lien affectif, c’est-à-dire développer et établir des relations significatives avec d’autres personnes. En laissant de côté les relations superficielles, les préjugés et les étiquettes, nous parviendrons peut-être à connaître l’autre personne de façon authentique et sincère. À construire des interactions plus naturelles et satisfaisantes qui nous permettrons d’expérimenter et de profiter plus pleinement de notre sexualité.