Antonio Gala : la biographie d'un génie des mots

15 septembre, 2020
Certaines de ses œuvres telles que La Passion turque ou Les faubourgs de Dieu ont marquées la littérature espagnole. Antonio Gala est un véritable alchimiste des mots. Un magicien de la métaphore qui a su, comme personne d'autre, éclairer notre présent à travers l'Histoire. Un maître du sublime et du sensuel.

Il n’est pas facile d’écrire un article sur Antonio Gala. Nous allons tout de même essayer d’aborder la vie et l’œuvre de ce magicien des mots. Un maître de l’alchimie du langage qui sait comme nul autre mettre des émotions, des paysages, des histoires, des saveurs et des couleurs sur ses mots.

Les livres d’Antonio Gala font partie de la vie de beaucoup de personnes. L’écrivain occupe sans aucun doute une place de choix dans le cœur et l’esprit de beaucoup d’entre nous. A travers son oeuvre, il a su atteindre notre âme et illuminer notre présent comme aucun autre au cours de l’histoire.

Antonio Gala a un talent inné pour donner à la vie quotidienne une dimension poétique, parfois sublime, parfois déchirante. Les histoires, les personnages, les jardins, les villes et les paysages décrits par Gala sont si détaillés qu’ils semblent réels. C’est un peu comme si nous y étions vraiment allés. Dans cet article, nous allons essayer de lui rendre hommage et de passer en revue ses expériences et son magnifique travail.

Antonio Gala en train de parler.

 

La vie d’Antonio Gala

Antonio Gala est né en 1930 dans une petite ville près de Ciudad Real en Espagne. Après avoir passé son enfance dans sa ville natale, sa famille s’installe alors à Cordoue lorsqu’il a neuf ans. Gala a commencé à écrire très jeune et il a dès lors démontré un talent certain pour les lettres.

À l’âge de quinze ans, il commence alors à étudier le droit à l’université de Séville. Il obtiendra également des diplômes en philosophie, en arts et en sciences politiques et économiques à l’université de Madrid. Il ne fait aucun doute qu’il s’agissait d’un jeune homme doué pour les études et aux nombreux centres d’intérêt.

À la fin de ses études, il semble qu’Antonio Gala ait traversé une période de rébellion dirigé contre son père. Ce dernier rêvait en effet que son fils devienne procureur de l’État. Mais Gala renonça à cette idée pour rejoindre la vie monastique auprès de l’ordre des Chartreux. Cependant, son caractère rebelle lui coûta plus tard d’être expulsé de cet ordre religieux.

Une fois devenu adulte, Antonio Gala a vécu dans différentes villes et dans différents pays. Il a commencé à sa carrière dans l’enseignement jusqu’à ce qu’il se décide pour la littérature. En 1959, il s’installe au Portugal comme professeur de philosophie et d’histoire de l’art. Il combine cette activité avec la poésie et entame une brillante carrière dans le monde du journalisme et du théâtre.

Ses débuts artistiques

Peu après, il s’installe à Florence, où il continue à écrire de la poésie et à la publier régulièrement. Cependant, au début des années soixante, il commence à avoir de graves problèmes de santé. En effet, sa santé se détériore énormément et Gala passe même très près de la mort. Cet épisode le forcera à utiliser une canne pour le reste de ses jours. Une canne qui fera dès lors un peu partie de son identité.

Sa notoriété d’écrivain professionnel s’établie un peu plus lorsqu’il commence à publier des articles hebdomadaires dans le journal espagnol El País. Enfin, en 1990, il publie son premier roman Le manuscrit pourpre, ce qui lui vaut le prix Planeta. Sa production littéraire devient alors considérable. Il touche presque a tous les genres. Cela va de la poésie, au roman, aux essais, au journalisme, en passant par le théâtre mais aussi aux scénarios pour la télévision.

L’oeuvre d’Antonio Gala

Toute l’œuvre d’Antonio Gala est caractérisé par un grand lyrisme. Ainsi, dans les années 50, son travail est marqué par deux recueils de poème qui se distinguent particulièrement. Ils s’intitulent L’ennemi intime et Le déshonneur.

Plus tard, commencera une période de dramaturgie avec Les jardins verts d’Eden. Cette mise en scène a obtenu plusieurs prix et elle fait usage du ton métaphorique de manière magistrale.

Cette pièce a été suivie par de nombreuses autres du même genre mettant en scène la réalité de l’Espagne de l’époque. Avec un certain caractère moralisateur et critique, Gala, par le biais de métaphores, amène bien souvent le spectateur à mieux comprendre l’époque dans lequel il vit.

Antonio Gala lors d'une interview.

En 1985, alors que se poursuit son travail de production de scénarios, il fait ses débuts à la télévision avec Des paysages et des personnages historiques. Cette série télévisée a permis à des millions d’Espagnols de s’intéresser pour la première fois à l’Histoire. La série décrit en effet les personnages historiques importants de l’Espagne à travers lesquels s’est forgée l’identité actuelle de ce pays. C’est un programme qui a donc inspiré de nombreux jeunes Espagnols et qui a fait naître chez beaucoup un grand intérêt pour les lectures bibliographiques et pour l’Histoire.

Déjà dans les années 1990, Antonio Gala s’est tourné vers la narration. Il publia ainsi des livres inoubliables tels que Le manuscrit pourpre, La passion turque et La règle de trois. Trois œuvres qui traitent de l’érotisme féminin de manière poétique et avec la plus fine des sensibilités. Après avoir publié ces manuscrits, Gala a continué à écrire pour finalement publier son chef-d’oeuvre: Les faubourgs de Dieu.

Le pouvoir des mots

Grâce à la science cognitive, nous savons maintenant que la lecture approfondie est une expérience beaucoup plus enrichissante pour l’être humain que la simple communication verbale. La lecture d’Antonio Gala est une lecture immersive, complexe en émotions et en détails. Elle nous met au défi avec nous-mêmes et avec le monde. Elle nous parle finalement de ce qui habite l’âme.

Son travail reflète la puissance de la lutte, de l’amour, des expériences déchirantes qui enrichissent l’esprit et la raison. Il nous montre à quel point la souffrance humaine est sous-estimée en tant que chemin vers la connaissance. Il décrit la douleur des batailles personnelles qui sont encore à remporter. Mais aussi la perplexité et le vide effrayant des coups bas de la vie. La fierté que représentent les cicatrices émotionnelles quand elles ont pu être guéries. Bref, il nous parle de cette vie usée d’être vécue.

Les livres d’Antonio Gala, sa production littéraires mais aussi sa maîtrise du tissage des mots, de la vie et des idées sont comme des petites graines magiques. Au delà de l’incroyable plaisir produit par leur lecture, ils laissent un quelque chose de beaucoup plus profond chez le lecteur. Un quelque chose qui porte ses fruits beaucoup plus tard et pour toujours.