Où se trouve la frontière entre l’inquiétude et l’obsession ?

11, janvier 2017 dans Psychologie 77 Partagés

Nous avons tous déjà été envahi par une inquiétude qui perturbe nos pensées et qui interrompt notre vie normale. Les inquiétudes nous affectent dans nos tâches au travail et influent sur notre attention pendant que nous maintenons une conversation ou que nous regardons un film.

Les problèmes qui apparaissent occupent nos pensées et nous font chercher une solution efficace qui mette fin à nos inquiétudes. Il y a des personnes qui sont plus inquiètes que la normale, ou qui s’inquiètent pour des choses qui ne méritent pas autant d’attention ou d’angoisse. À quel moment une inquiétude ne peut-elle plus être considérée comme «normale» et se transforme-t-elle en pathologie ? Comment pouvons-nous savoir que la frontière de l’inquiétude a été franchie et qu’il s’agit désormais d’une obsession ?

Il existe différentes pathologies cataloguées comme troubles d’anxiété. Elles sont liées à la forme, la quantité ou l’intensité de l’inquiétude dont on souffre, ou au motif de cette dernière. Nous parlons ici d’anxiété généralisée, de phobies, de phobie sociale ou de trouble de stress post-traumatique.

Mais s’il y a une pathologie qui se caractérise par les obsessions qui inondent l’esprit de celui qui en souffre, il s’agit du trouble obsessionnel compulsif, qui dans le nouveau manuel diagnostic a été séparé des troubles de l’anxiété.

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Les obsessions sont la prison de la pensée

Il faut bien faire la différence entre un épisode d’inquiétude normale et une période «obsessionnelle» ou une obsession concrète. Les points suivants peuvent vous aider à identifier une obsession :

  • Votre inquiétude est-elle réaliste ? La cause de votre inquiétude est très peu probable et vous anticipez simplement un fait très rare ou qui ne se produira sûrement pas.
  • Votre inquiétude est-elle disproportionnée ? Le temps d’inquiétude ne correspond pas à la gravité du problème ou à la situation à laquelle vous n’avez de cesse de penser.
  • Vous passez une grande partie de la journée à penser à un sujet ou à un problème concret ? Vous passez vos journées à vous inquiéter, si bien que cela interfère dans votre quotidien.
  • Penser constamment à cette idée vous cause du mal-être ? Les obsessions sont egodystoniques ; elles génèrent un grand mal-être et vous aimeriez les supprimer de votre esprit, même si cela semble impossible.
  • Ces pensées vous poussent-elles à réaliser des choses que vous savez absurdes ou qui ne résoudront pas le problème, mais cela ne vous empêche pas de les réaliser même en sachant cela ? Vous laver constamment les mains, ouvrir et fermer la porte un certain nombre de fois, ne pas toucher d’objets…
  • Vous avez honte de les admettre devant d’autres personnes ? Vous savez que vous avez un problème, que vos pensées et/ou votre comportement ne sont pas «normaux», mais vous préférez les garder secrètes parce que personne ne vous comprendrait et les gens penseraient que vous êtes bizarre.
  • Vous ne pouvez contrôler ni leur apparition ni leur durée ? Les pensées qui vous perturbent apparaissent de façon soudaine, sans prévenir, et vous ne pouvez pas faire grand-chose pour les contrôler et les faire disparaître.

Si vous répondez affirmativement à certaines de ces questions, vous devriez penser à consulter un professionnel pour approfondir et estimer le problème. Les différences fondamentales sont que les obsessions apparaissent de manière involontaire, interfèrent avec nos pensées, génèrent du mal-être, occupent une grande partie de la journée et nous poussent parfois à réaliser des actions et des rituels (compulsions) destinés à réduire l’anxiété accumulée.

Obsessions communes

Bien qu’il s’agisse de cercles de pensée très hétérogènes qui peuvent s’exprimer de différentes manières, il existe des objets d’obsession typiques. Ceux-ci seraient quelques-uns des plus communs :

  • La peur d’être contaminé : avoir peur de toucher des objets directement avec les mains par peur d’attraper des microbes, penser que vos mains sont toujours sales même quand vous les lavez continuellement. Avoir peur d’être à proximité de quelqu’un qui est malade et penser qu’il va vous contaminer.
  • Sur la santé et l’aspect physique : obsession de l’apparence physique, se chercher des défauts qui n’existent pas, se regarder constamment dans le miroir.
  • En lien avec le sexe : il est très commun chez les personnes présentant ce type d’obsession de se demander si elles sont homosexuelles. Le plus souvent, cette pensée ne correspond pas à la réalité.
  • De contenu agressif : peur de faire quelque chose de violent, d’agresser quelqu’un ou que quelque chose d’horrible arrive à un proche.
  • Trouble somatique ou hypocondrie : peur de tomber malade, passer une multitude d’examens pour savoir si l’on a une quelconque maladie… Avec ce type d’obsessions, il est commun de penser que l’on a pu contracter le VIH ou toute autre maladie potentiellement dangereuse.
  • Avoir des pensées considérées comme «mauvaises», de préjudice à une personne ou des pensées obscènes qui ne cessent d’apparaître et de causer du tourment, faisant culpabiliser la personne pour cela.

Toutes les obsessions ont quelque chose en commun : ce sont des pensées intrusives, récurrentes et persistantes, vécues comme des choses répugnantes ou qui n’ont aucun sens.


Compulsions pour réduire l’anxiété

Dans de nombreux cas, les obsessions sont accompagnées de compulsions, ayant pour objectif de réduire l’anxiété provoquée. Parfois la compulsion n’est apparemment pas liée à l’obsession dont le sujet souffre, ou bien l’intensité avec laquelle elle est réalisée ne concorde pas avec la réalitéDe la même façon qu’il existe des obsessions typiques, il y a des compulsions typiques telles que celles qui suivent :

  • Se laver encore et encore ; il arrive parfois que cela finisse par provoquer des blessures.
  • Vérifier de manière constante si on a laissé le gaz ouvert, une porte ouverte, une lumière allumée…
  • Toucher un objet un nombre précis de fois.
  • Compter mentalement ou à voix haute jusqu’à un certain nombre pour pouvoir débuter une action, ouvrir une porte…
  • Ranger, mettre tout à sa place, et même si tout l’est déjà, replacer les choses une nouvelle fois jusqu’à ce que ce soit parfait et si un changement se produit ou si quelque chose n’est plus à sa place précise, il faut recommencer, même quand tout est parfois intact.
  • Accumuler, l’idée d’avoir à se défaire de quelque chose devient intolérable, même si on ne l’a pas utilisé depuis des années ou si l’on sait qu’on n’en aura jamais besoin : l’idée de jeter quelque chose angoisse.
  • Prier encore et encore en pensant que l’on a commis une faute, parce que l’on a des pensées que l’on considère comme intolérables et impardonnables ; c’est une façon de se racheter pour ses mauvaises pensées.

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Bien que les compulsions puissent réduire l’anxiété durant un laps de temps très court, l’effet n’est pas durable et on doit ensuite continuer à réaliser les rituels qui, même s’ils n’offrent pas de gratification ou de plaisir, transmettent une fausse et courte sensation de contrôle sur les obsessions qui font irruption dans les pensées.

Existe-t-il une porte de sortie à l’obsession ?

Une spécialiste du sujet,  Judith L. Rapaport, a étudié et essayé divers traitements chez des personnes qui souffrent de troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Ses recherches se sont concrètement centrées sur l’utilisation de la clomipramine (Anafranil) comme traitement contre les obsessions.

Chez la plupart des personnes concernées par cette étude, les obsessions diminuaient, bien que chez d’autres l’effet était nul. Aujourd’hui, on utilise les antidépresseurs ISRS qui ont moins d’effets secondaires et poursuivent le même objectif, bien que le choix du pharmacien puisse changer.

La thérapie psychologique de l’exposition avec prévention de la réponse (EPR) consiste à ce que le patient affronte l’objet de son obsession au travers de son imagination ou de manière directe, en évitant les rituels et les compulsions. Ce sont des traitements considérés comme efficaces et qui, une fois combinés, peuvent donner lieu à une réponse très positive, qui suppose un soulagement de la grande souffrance dont souffrent les personnes sous le joug d’une obsession.