Les entreprises doivent détecter le mal-être psychologique des employés

L'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail a mis une chose au clair : les entreprises doivent garantir le bien-être psychologique de leurs employés. Ne pas prendre en charge les risques psychosociaux, comme l'anxiété et le stress, est passible d'amendes.

Dernière mise à jour : 23 juillet, 2021

Détecter et traiter le mal-être psychologique des employés devrait être l’un des objectifs de toute organisation. Les risques psychosociaux d’un travailleur en situation d’anxiété ou de dépression associés au mobbing, par exemple, ont un coût important, à la fois humain et économique. Malheur, arrêts maladie, risque accru d’accidents, faible productivité…

Il semble que, encore aujourd’hui, nous maintenions au second plan l’aspect psychologique inhérent au travail. La production compte davantage : les entreprises valorisent plus les aspects technologiques que les besoins humains. Cela nous amène à avoir le sentiment que la vie professionnelle n’est pas toujours compatible avec la santé.

Aujourd’hui, heureusement, bon nombre de ces réalités sont en train de changer. Les inspecteurs du travail évaluent les facteurs psychologiques en comprenant que les « risques psychosociaux » sont également des « risques professionnels ».

L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail précise que les entreprises devront désormais aborder cet aspect. Dans le cas contraire, des amendes importantes s’appliqueront. Il s’agit d’un changement révolutionnaire qui peut constituer une grande avancée dans la société.

Détecter le mal-être psychologique des salariés : un objectif presque toujours négligé

Beaucoup recevront cette nouvelle avec scepticisme. Le fait que les techniciens des risques professionnels aient désormais l’obligation d’assister, de prévenir et de détecter des problèmes tels que le stress ou l’anxiété peut paraître impossible à certains, inespéré pour d’autres.

Jusqu’à présent, on entendait par risque professionnel les facteurs inhérents aux risques électriques et autres événements extérieurs. Les incendies, les explosions, la pollution, les chutes, les températures extrêmes font partie de ces risques.

Nous oublions néanmoins (ou ignorons consciemment) que les réglementations qui régissent les risques professionnels incluent également des variables psychologiques. Il ne suffit en effet pas de s’assurer qu’un service dispose d’un nombre précis d’extincteurs avec une révision à jour.

Un environnement de travail affecte également la santé mentale de l’employé. Il peut en outre s’agir d’un risque professionnel.

Les facteurs psychosociaux ont longtemps été stigmatisés

Détecter le mal-être psychologique des employés passe par l’analyse des facteurs psychosociaux de l’organisation. En d’autres termes, il est nécessaire de s’occuper de toutes les conditions inhérentes au travail d’une personne pouvant affecter le bien-être mental. Les domaines à considérer sont généralement les suivants :

  • Stress
  • Charge mentale et fatigue
  • Insatisfaction professionnelle en raison des horaires, de l’organisation, des salaires, etc
  • Démotivation résultant de l’insatisfaction elle-même
  • Exigences contradictoires et manque de clarté dans les responsabilités et les tâches du poste
  • Mauvaise organisation, laquelle génère de l’insécurité chez le travailleur
  • Problèmes interpersonnels (mobbing, disputes, discrimination, conflits…)

L’Agence européenne pour la sécurité et la santé des travailleurs relève que plus de la moitié des Européens considèrent le stress comme le problème principal dans tout environnement de travail. Cela se traduit par des maladies physiques et mentales à long terme. Ce facteur continue toutefois d’être stigmatisé.

L’université d’Albany par le Dr Michael T. Ford a mené une étude sur le sujet. Cette étude montre que de nombreux travailleurs ressentent un certain sentiment d’injustice et d’abandon face à ces situations.

Comme beaucoup d’autres problèmes liés à la maladie mentale, le stress et l’anxiété ne sont pas pris en compte. Nous les stigmatisons et les organisations ne les voient pas comme un problème. Si un employé souffre de mal-être psychologique, le problème est le sien. Ce n’est jamais une « cause-effet » de l’entreprise elle-même.

Il ne suffit pas de détecter le mal-être psychologique des employés, il faut agir

L’initiative européenne visant à obliger les entreprises à détecter le mal-être psychologique des employés est une bonne nouvelle. Il faut toutefois ajouter quelque chose d’évident : il est inutile de réaliser des tests sur les travailleurs pour évaluer les aspects psychosociaux si aucun changement n’est mis en œuvre par la suite.

Autrement dit, s’il l’on détecte que 70 % de la main-d’œuvre présente un niveau de stress élevé, cela n’est pas suffisant de le savoir. Il convient en effet d’agir.

En effet, un environnement empreint d’une forte charge d’épuisement psychologique se traduit par de mauvaises performances. Cela conduit aussi aux accidents, aux problèmes cardiovasculaires ou musculo-squelettiques et à d’autres problèmes mentaux.

Le stress est le socle de tout problème psychosocial. Il survient chaque fois que les exigences qui nous sont imposées sont supérieures à notre capacité à y faire face. Il s’agit donc du leivmotiv éternel de nombreuses organisations. Toutes ne sont en effet pas disposés à adapter les conditions de travail aux ressources et conditions des salariés.

Comment prévenir les problèmes psychosociaux ?

Le stress au travail n’est guère plus qu’un stigmate. Il s’agit en effet du problème de celui qui en souffre, et qui ne sait pas s’adapter aux conditions de son travail.

Il est toutefois crucial de garder un détail à l’esprit : l’attention portée au stress professionnel par l’entreprise n’est pas seulement une obligation morale. C’est également un impératif juridique auquel l’employeur doit se conformer. Cet impératif est en effet réglementé par la directive cadre 89/391/CEE.

De sorte qu’il ne suffit pas de détecter le mal-être psychologique des employés pour prévenir les problèmes psychosociaux. Il convient de mettre en place des mécanismes pour ne pas atteindre cet extrême.

Mais s’il est vrai que ce sont les employeurs qui sont tenus de garantir des conditions de travail correctes, il existe également une autre dimension à considérer. En tant que travailleurs, nous devons également apprendre des techniques et des stratégies pour favoriser notre bien-être psychologique au travail.

Relever les défis avec souplesse, avoir de bonnes compétences en intelligence émotionnelle et en gestion du stress au quotidien sont des compétences également déterminantes. Nous faisons face à un défi dont nous sommes tous responsables.

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  • Robbins, J. M., Ford, M. T., & Tetrick, L. E. (2012). Perceived unfairness and employee health: A meta-analytic integration. Journal of Applied Psychology, 97(2), 235-272. http://dx.doi.org/10.1037/a0025408