Les émotions partagées sur les réseaux sociaux sont contagieuses

Dans l'univers d'Internet et des réseaux sociaux, les émotions négatives ont tendance à avoir un impact plus important que les émotions positives. Un phénomène qui explique pourquoi de nombreuses informations sensationnalistes ou les tweets chargés de haine deviennent très rapidement viraux.

Dernière mise à jour : 27 avril, 2021

Lorsqu’une personne publie sur son compte Facebook, Twitter ou Instagram, sa colère envers quelque chose ou quelqu’un, ce commentaire passe rarement inaperçu. Les likes, retweets et commentaires apparaissent instantanément. Ainsi, de nombreuses émotions partagées sur les réseaux sociaux sont contagieuses.

Ces émotions agissent presque comme une onde expansive dans cet univers numérique dont l’impact quotidien est considérable. C’est un phénomène que beaucoup d’entre nous ont déjà vécu. Parfois, il nous est presque impossible de ne pas faire attention à ce post qui informe d’une catastrophe naturelle, de la situation complexe d’une personnalité connue, ou à ce tweet devenu viral.

Tout cela nous montre deux choses. La première est que, dans cette réalité dominée par la technologie, l’émotionnel continue d’avoir un pouvoir important. Deuxièmement, les émotions exprimées par les autres (même si nous ne les connaissons pas) nous affectent.

La colère est contagieuse. La haine peut se propager en un clic. Enfin, la peur se transmet d’une personne à l’autre à travers des commentaires et nouvelles qui se basent parfois sur des fakes news. Par conséquent, il s’agit de situations hautement complexes qu’il vaut la peine d’analyser.

Les émotions partagées sur les réseaux sociaux sont contagieuses, mais certaines le sont plus que d’autres

En 2014, Facebook a mené une expérience pour analyser l’impact des émotions sur les réseaux sociaux. Pendant plusieurs mois, près d’un million de comptes ont servi de cobayes au conglomérat technologique de Mark Zuckerberg.

Le travail consistait à éliminer les nouvelles positives du fil d’actualité des utilisateurs pendant plusieurs mois, pour un groupe. Pour un autre groupe, ils ont fait le contraire. Pas une seule nouvelle ou information à caractère négatif ou inquiétant n’est apparue.

Les résultats observés ont été frappants et déterminants. L’étude publiée dans le magazine Proceedings of the National Academy of Sciences a révélé ce qui suit :

  • Lorsque les usagers étaient exposés à un nombre élevé de contenu négatif dans leur fil d’actualité, leur comportement sur les réseaux changeait. Ils publiaient moins de posts positifs et leurs interactions diminuaient.
  • En revanche, ceux qui ont reçu des messages plus motivants, positifs et porteurs d’espoir ont augmenté leur interaction. Ils publiaient davantage de photos, et interagissaient plus avec les autres usagers.

Ces données ont permis de comprendre une chose essentielle dans toute stratégie de marketing. Toute entreprise ayant un objectif numérique doit savoir que les émotions partagées sur les réseaux sociaux sont contagieuses. Si nous souhaitons influencer, il faut être capable de créer la bonne ambiance pour le public.

Dans le monde numérique, les émotions intenses ont plus d’impact (et sont davantage partagées)

Nous savons maintenant que les émotions partagées sur les réseaux sociaux ont un pouvoir considérable. Cependant… À quel moment deviennent-elles contagieuses pour qu’une information devienne virale ? C’est sans aucun doute l’aspect le plus intéressant et le plus décisif.

La doctoresse Rosanna Guadagno de l’Université du Texas a réalisé une recherche dans laquelle elle soutient une hypothèse populaire. Plus la réponse émotionnelle générée par un contenu est intense, plus il est partagé. Maintenant, quelles sont les implications de cette découverte dans la réalité ?

  • Cela signifie, par exemple, que lorsque nous trouvons une nouvelle sensationnelle, l’impact est plus grand et nous n’hésitons pas à la partager instantanément.
  • Par ailleurs, les publications au contenu plus haineux attirent davantage l’attention et reçoivent plus de commentaires.
  • Lorsque nous évoquons les contenus positifs, ce sont les vidéos/nouvelles qui réveillent la tendresse en nous qui triomphent le plus. C’est pourquoi les vidéos d’animaux sont si populaires sur les réseaux sociaux.

Les émotions partagées sur les réseaux sociaux se basent souvent sur le sensationnalisme

Nous ne commettons pas d’erreur en soulignant qu’une grande partie des émotions partagées sur les réseaux sociaux par le biais d’informations virales ont une valeur négatives. Autrement dit, les contenus de sensationnalisme, de peur, voire de haine ont une trajectoire plus longue dans le monde numérique.

C’est un point qui inquiète et invite à la réflexion. Pourquoi une information négative capte-t-elle davantage notre attention qu’un commentaire positif ? Le domaine de la psychologie évolutive nous rappelle une association importante. Le cerveau est particulièrement sensible aux stimulus dangereux ou menaçants.

Nous sommes conscients que les émotions sur les réseaux sociaux sont contagieuses. Mais le problème, c’est que nous nous laissons souvent kidnapper par elles. L’esprit rationnel ne met pas de filtres.

Nous ne contrastons pas et ne réfléchissons pas aux informations qui nous parviennent. Par conséquent, cette information émotionnelle nous fait agir par impulsion et nous finissons, par exemple, par partager une fausse information.

Réseaux sociaux et engagement émotionnel

Les réseaux sociaux agissent déjà comme un engagement quotidien (connecteur émotionnel) pour la majeure partie des usagers. Non seulement, nous nous laissons contaminer, mais en plus nous propageons ces états émotionnels ainsi que les sentiments.

Il y a ceux qui débloquent leur téléphone et accèdent à leurs réseaux uniquement pour éprouver des sensations, ou pour ressentir une montée d’adrénaline avec les likes reçus. Les personnes regardent également ce que les autres ont publié et se laissent attraper par un sourire, un commentaire, une colère, une nouvelle pleine d’espoir…

Internet est aussi cet inducteur d’émotions quand la réalité devient pour certains aseptisée et vide de stimuli. Sans aucun doute, c’est une problématique qui invite à la réflexion et ne laisse pas indifférent.

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  • Guadagno, R. E., Jones, N. M., Kimbrough, A. M., & Mattu, A. (2016). Translating social media psychological research. Translational Issues in Psychological Science, 2(3), 213-215. http://dx.doi.org/10.1037/tps0000087
  • Kramer, Adam & Guillory, Jamie & Hancock, Jeffrey. (2014). Experimental Evidence of Massive-Scale Emotional Contagion Through Social Networks. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America. 111. 10.1073/pnas.1320040111.